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God save The Fairy Queen à Beaune

Une soirée avec est l’assurance d’un moment musical enchanteur où l’auditeur plonge avec délices dans ce qui fait la spécificité de l’école de chant anglaise. Après le cinémascope des Saisons en 2018, voici le kaléidoscope de The Fairy Queen.

The Fairy Queen est l’œuvre la plus longue de Purcell. Ce semi-opéra en cinq actes, dans la lignée de ce que Matthew Locke avait initié avec La Tempête, vit le jour en 1692. Destiné à accompagner une adaptation du Songe d’une nuit d’été, il ne met en musique aucun des vers de la pièce, en évacue tous les personnages et se prête aujourd’hui à toutes les imaginations. A Glyndebourne en 2010, , le plus disert, s’est rapproché au plus près du modèle shakespearien. A Vienne en 2017,  Mariame Clément a braqué la lorgnette de sa vision sur les coulisses d’un Songe qu’on ne verra jamais. A Beaune, c’est une version purement musicale. Et le bonheur est au rendez-vous devant la merveilleuse partition de l’Orpheus Britannicus, encore baptisé par Burney le « Shakespeare de la musique ».

Aucun mot de Sir William. Ses héros Tytania, Obéron, Hermia, Lysander, Démétrius ou Elena sont évacués au profit d’allégories. La Nuit, le Mystère, le Secret, le Sommeil… veillent sur quelques rares caractères : le Poète ivre, Junon, un Chinois… Alternent une brassée de pages orchestrales ravissantes (les 50 secondes du Prélude de l’Acte II) ou éclatantes (Trumpets Tunes à gogo), des airs de la plus haute inspiration (The Plaint rajoutée en 1693), des duos enivrés (Come, come, come) ou enivrants (If love is a sweet passion), des ensembles choraux irrésistibles (la palme au très swinguant Now the Night).


est l’Obéron de cet univers féérique où un arsenal de théorbes et de guitares surlignent l’art consommé des vingt et un musiciens de son & Players, disposé derrière une barrière de dix chanteurs. Place au théâtre ! L’impressionnant frappe les trois coups avec une hilarante Scène du Poète ivre. Sa partenaire, , lui donne une réplique délicieuse. La prima donna de la soirée ne peut masquer ensuite en solo une usure perceptible des aigus dans les ornements et ce n’est pas sans quelque appréhension qu’on la voit s’emparer de Oh let me weep. Surprise : la célèbre Plainte est énoncée avec un tact, un chic, un abandon assez remuants. On apprendra plus tard que n’a bénéficié que de 48 heures pour remplacer Rebecca Bottone, initialement prévue ! Quand on aura dit que tous chantent par cœur, on salue l’impressionnante performance d’une artiste qui évolue par ailleurs avec grâce sur le plateau. et complètent avec beaucoup de style la conséquente partie soprano de la partition. allie puissance et musicalité. et Marcus Farnsworth précision et subtilité. Au sein d’une distribution d’une roborative jeunesse à laquelle semble passer le flambeau le vétéran (qui ne manque pas d’humour sous sa perruque à la Gretchen pour l’ambigu Dialogue entre Coridon et Mopsa), personne ne démérite. Non plus les deux ténors du , très perceptibles. Toutes et tous sont à leur meilleur réunis en chœur, du festif au chuchoté (Hush, now more, be silent all est un modèle d’écoute collective.)

On gardera enfin l’image de Paul Mc Creesh délaissant sa baguette pour s’asseoir de temps en temps face public, l’oreille tendue vers ses musiciens. Et celle de son formidable orchestre à qui, après les applaudissements, il dédie la magnifique Chaconne conclusive (on craignait qu’il ne l’eût oubliée) en le laissant seul sur la scène.

Crédits photographiques : © Jean-Claude Cottier

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