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Les Saisons de Haydn en technicolor par Paul McCreesh à Beaune

Festivals, La Scène, Musique d'ensemble

Beaune. Basilique Notre-Dame. 15-VII-2018. Joseph Haydn (1732-1809) : Les Saisons, oratorio en deux parties sur un livret de Gottfried van Swieten d’après James Thomson. Carolyn Sampson, soprano ; Jeremy Ovenden, ténor ; Ashley Riches, basse ; The Gabrieli Choir, Consort & Players, direction : Paul McCreesh

the seasons Haydn beaune 15 juillet 2018 110Avec cette toute nouvelle version en anglais, adoube de la plus spectaculaire façon le troisième et dernier oratorio de en égal de La Création. Une immense soirée.

Les Saisons ont longtemps vécu dans l’ombre projetée par La Création. Probablement à cause de l’ambition cosmique d’un Monde qui se crée dans celle-ci préférée à la célébration panthéiste d’un Monde déjà créé par le biais de vignettes hugoliennes de type Saison des semailles le soir dans celle-là. Pourtant, compositeur et librettiste sont les mêmes. Les techniques aussi : sidération introductive, bestiaire figuratif (les coassements des grenouilles des Saisons n’ont rien à envier aux rugissements du lion de La Création), souffle mystique, richesse mélodique et virtuosité orchestrale au plus haut du catalogue Haydn.

Le programme rappelle les mots de Marc Vignal relatifs à ce fameux diptyque : si La Création part de Dieu vers l’Homme, c’est l’inverse avec Les Saisons. Nés des voyages londoniens de Haydn, les deux oratorios réalisent magistralement le rêve du compositeur de se hisser à hauteur de ceux de Haendel qui l’avaient tant impressionné dans la capitale anglaise. Au contraire de celui qu’il avait écrit pour La Création, basée sur le Paradise lost de Milton, Gottfried van Swieten a enrichi la base de son livret (The Seasons de James Thomson) de moult sources annexes, et crée de toutes pièces un très pastoral trio de solistes qu’on croirait arrachés à L’Angélus de Millet.

Créé à Vienne en 1801, trois ans après La Création, Les Saisons, comme son aîné, a été simultanément publié en allemand et en anglais. La plupart des versions discographiques ont fait le choix de l’allemand. Ce n’est pas le cas de qui, il y a quelques années déjà, avait revu en profondeur le livret original anglais (handicapé selon lui par la maîtrise sommaire qu’avait van Swieten de la langue de Shakespeare), et qui l’a encore amélioré pour l’enregistrement paru en 2017 sous son propre label (Winged Lion).

Si Haydn dirigea indifféremment son dernier oratorio à la tête d’effectifs imposants ou réduits, McCreesh fait quant à lui le choix d’un orchestre à effectif restreint. On ne peut s’empêcher de songer au résultat s’il avait fait le choix inverse tant l’on ressort secoué par l’option choisie, qui saisit, à Beaune, un public médusé. Les enregistrements du maestro anglais avaient déjà vendu la mèche : Paul McCreesh est de cette génération de chefs baroques qui font surgir des instruments anciens une puissance que beaucoup croient encore réservée à ceux des versions historiques (et, il faut bien le reconnaître, ce soir historiquement dépassées) de type Karajan. McCreesh se distingue également de ses prestigieux aînés par une visible gourmandise à diriger, de surcroît très partageuse, à en juger sa touchante attention vers le public dont, à la façon de son compatriote Norrington, il consulte régulièrement les réactions. Il ouvre en grand les griffes de fer de l’Introduction, autorisant ses timbales à faire trembler la nef bourguignonne, et, passé cet instant de sidération, sûr de ses effets, saisit ensuite parfaitement le grand arc en quatre mouvement de chacune des quatre parties de l’œuvre, franchissant même un cran supplémentaire dans la dynamique au moment du Dann bricht der grosse Morgen an final. La conclusion de l’automne avec la furia de ses hallali (quatre cors sans coup de mou) et de ses chansons à boire par un en folie est probablement le moment le plus grisant de la soirée. Au passage, on comprend mal les réticences originelles de Haydn à s’engager dans la composition de ces moments irrésistibles pour tous.

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Les , Consort and Players sont bien sûr du plus haut niveau, de même que les trois solistes élus : lumineuse Hanna de , piquant et aérien Lucas de , puissante noirceur juvénile du Simon d’. Toutes et tous prolongent la merveilleuse tradition anglaise d’une technicité exemplaire, soucieuse d’une seule chose : produire la plus belle des musiques.

Signalons néanmoins nos doutes quant à la capacité de l’acoustique très réverbérante de la Basilique Notre-Dame à révéler tous les détails du prodigieux travail de McCreesh, originellement prévu dans la Cour des Hospices, mais avouons que l’on n’a eu aucun regret pour les klaxons de type « champions du monde » qui se seraient immanquablement invités dans le plein air de cette dernière.

Crédits photographiques : © Festival de Beaune

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