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Le Trio Catch, tout en finesse et subtilité

Basé à Berlin et cent pour cent féminin, le Trio Catch (clarinette, violoncelle et piano) sort son troisième album sous le label allemand bastille musique. Quatre pièces récentes et autant de premiers enregistrements mondiaux ont été sélectionnés parmi les pièces écrites pour le Trio. Les deux autres œuvres font, quant à elles, un pas de côté.

On ne saurait dire exactement ce qui les rapproche, mais il y a incontestablement un air de famille et une sensibilité commune entre Pesson, Staud, Žuraj et Borowski : sans doute dans l’approche singulière du son instrumental et la manière d’instaurer une dimension narrative voire théâtrale dans le flux de leur discours. L’humour et la délicatesse des figures enchantent la Catch Sonata (2016) qui nous fait pénétrer au cœur du son et de l’univers poétique de dès les premières minutes de la partition : mixtures soyeuses et frêles des trois instruments dans un espace subtilement détempéré, nervures rythmiques et temporalités fluctuantes. Comme il aime le faire, Pesson joue sur l’ambiguïté des sources instrumentales, les sons filtrés du violoncelle rejoignant ceux de la clarinette mêlés au souffle, quand le piano préparé fait son gamelan, avec « cloches et petits gongs » qui laissent imaginer une trame narrative souterraine. La « scène » centrale à haut voltage ne saurait nous faire démentir.

Ludique et non moins théâtral, voire rapsodique, As if (2017) de l’Allemand dessine une trajectoire narrative qu’articulent de nombreux intervalles silencieux. Les couleurs et autres effets bruités obtenus sur les instruments (harmoniques, granulations, distorsion, etc.) sont ici au service de la dramaturgie, qui ne va pas sans un certain humour : tel ce dernier « tableau » animé par une clarinette soliste au profil très connoté.

Les couleurs sont « flétries » dans Chysanthemum (2014), une œuvre d’une étrange beauté du Slovène . Elle est écrite en hommage à Armin Köhler, le directeur artistique regretté du festival de Donaueschingen. Le compositeur y fait courir à la clarinette une ligne mélodique fantasque dont le violoncelle et le piano atone (dûment préparé) filtrent et distordent les sonorités comme pourrait le faire un logiciel de transformation : la décoloration et l’éloignement du son comme métaphore de la disparition. Les techniques de jeu étendues, sur le violoncelle notamment (cordes percutées par la vis de l’archet) servent une écriture d’une belle expressivité.

C’est la dramaturgie du son qui est mise à l’œuvre dans Wasserzeichen (2015) de l’autrichien . La pièce se nourrit de contrastes, entre mouvements suspendus et décharges énergétiques. Le piano est ici bel et bien résonnant au sein d’un travail très fin sur l’étendue et les variations du spectre, la moirure des couleurs (multiphoniques, sons filtrés de la clarinette, distorsion du timbre du violoncelle) et la granulation de la matière : le son laryngé de la clarinette dans son registre extrême grave est superbe. L’engagement du geste et la qualité de jeu des trois interprètes le sont aussi, servant avec beaucoup d’acuité la singularité de chaque écriture.

La présence, certes discutable, du Trio-Miniaturen (quatre mouvements quasi brahmsiens) du compositeur russe à mi parcours, crée bien évidemment la surprise et une certaine « respiration », d’une subtile justesse quant au timing. On ne boude pas son plaisir à l’écoute de Kleiner Walzer (2004) pour piano à quatre mains, clarinette et violoncelle de , qui referme l’album en faisant écho à la « danse phantastique » de Juon. a rejoint le Trio Catch pour cerner au plus près l’écriture ciselée du compositeur, sensible, comme ses pairs, au charme de la musique populaire.