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Le festival des Arcs célèbre les cinquante ans de la station

Manifestation volontairement très conviviale (tous les concerts sont gratuits notamment), le festival des Arcs mêle avec talent plusieurs générations d’interprètes, jeunes talents et gloires confirmées, répertoire classique et raretés avec, cette année, les compositeurs hongrois particulièrement à l’honneur. Depuis bientôt cinquante ans, la formule fonctionne toujours efficacement.

La station des Arcs fête cette année son cinquantième anniversaire, mais son festival lui n’en est qu’à sa quarante-sixième édition. Pour célébrer cet anniversaire, un concert exceptionnel est organisé avec l’orchestre de l’académie des jeunes qui se déroule pendant le festival. En ouverture, , qui fut directeur du festival de 1990 à 2006 a choisi de diriger du piano le Concerto n° 23 de Mozart. Le choix était téméraire car cet orchestre de circonstance n’a pas la cohésion nécessaire pour jouer seul lorsque le soliste occupé par sa partie ne peut le diriger. De fait, les nombreux flottements de l’orchestre finissent par mettre en danger le jeu même du pianiste, moins immaculé que de coutume, alors que ses autres prestations les deux jours suivants le montraient sous son meilleur jour, celui du grand pianiste que nous admirons tant. Par contraste d’ailleurs, l’orchestre dirigé par Raphaël Oleg démontre une bien meilleure cohésion dans une belle Symphonie n° 50 de Haydn (choisie par clin d’œil à l’âge de la station) et les brèves mais brillantes Danses roumaines de Bartók.

Les autres concerts de ces trois jours s’en tenaient à la seule musique de chambre, avec quelques temps forts remarquables. Le 31 juillet dans la ravissante église de Hauteville Gondon, dont le magnifique retable baroque vient de retrouver ses couleurs après une belle restauration, on entend la monumentale Sonate pour violoncelle seul de Kodaly par , qui doit encore approfondir les nombreuses facettes de cet étonnant chef d’œuvre, et le ravissant Quatuor de , les compositrices étant particulièrement à l’honneur dans la programmation de cette année. Le lendemain une généreuse soirée Liszt mêle pages pour piano célèbres notamment tirées des Années de pèlerinage sous les doigts virtuoses d’ (Tarentelle) et sous ceux, magistraux, de (une sonate Après une lecture de Dante particulièrement grandiose) à des raretés : la lugubre Gondola dans sa version pour violoncelle et piano, une brève Romance oubliée pour violon et piano, et la version chantée de deux des Sonnets de Pétrarque (malheureusement exagérément tirés vers l’opéra par la soprano ).

Enfin, le dernier jour met d’abord en regard les trois protagonistes de la relation liant les époux Schumann à Brahms (deux belles pièces de Clara jouées avec beaucoup de musicalité par , l’opus 118 de Brahms superbement interprété par Dalberto et le Quatuor avec piano de Robert). Puis le concert de clôture du festival, au programme assez hétérogène, commence par quatre lieder (Gute Nacht, Der Lindenbaum, Auf dem Flusse et Frühlingstraum) du Voyage d’hiver chantés par , plus intérieure et émouvante que dans les sonnets de Liszt, splendidement accompagnée par Michel Dalberto, incontestablement l’un des plus grands interprètes actuels de Schubert. Viennent ensuite six Romances sans parole de Mendelssohn dans une transcription peu convaincante pour trio avec piano, une pièce séduisante de (qui sera la compositrice en résidence aux Arcs en 2020) et, ébouriffant final, le second trio de Chostakovitch, tantôt introverti, tantôt grinçant et dévastateur sous la conduite encore une fois de Michel Dalberto, décidément le grand triomphateur de cette édition 2019.

Crédit photographique : Michel Dalberto © Caroline Doutre