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Vasily Petrenko et le Philharmonique d’Oslo à suivre dans Strauss

Après Chostakovitch et Scriabine dont les interprétations de furent largement plébiscitées, place aujourd’hui à avec l’OPO sous le label Lawo Classics. Pour commencer, Ainsi parlait Zarathoustra et d’Une vie de héros de

Bien qu’ayant annoncé pour 2020 la fin de son mandat de directeur musical de l’Orchestre Philharmonique d’Oslo, après les célébrations qui marqueront en 2019 le centième anniversaire de l’orchestre norvégien, se lance dans un pari audacieux… celui d’une intégrale du corpus symphonique du compositeur allemand dont ces deux poèmes symphoniques célébrissimes constituent le premier maillon.

Seul l’avenir dira si la chance sourit aux audacieux car, sans vouloir établir une liste exhaustive des versions incontournables, comme celles de Fritz Reiner avec Chicago, Kempe avec Dresde, Böhm ou Karajan avec Berlin, ou encore Steinberg avec Boston, il faut bien avouer que l’entreprise frise quelque peu la témérité. Force est de reconnaître que Vasily Petrenko et l’OPO tirent assez adroitement leur épingle du jeu dans une interprétation très théâtrale qui exploite de façon optimale les indéniables qualités de la phalange norvégienne.

Composé en 1896, inspiré des apologues nietzschéens, comprenant huit parties enchaînées, Ainsi parlait Zarathoustra est assurément difficile à diriger. Une difficulté qui tient surtout à la structure morcelée de l’œuvre expliquant largement les quelques réserves concernant cet enregistrement. Si Vasily Petrenko évite habilement de sombrer dans la grandiloquence, son interprétation manque parfois de continuité, s’abimant dans une lecture trop analytique majorée par une prise de son assez « lointaine » et un tempo trop lent. Reste cependant une narration claire, très contrastée, qui valorise les performances orchestrales (cuivres et cordes) magnifiquement annoncée par une ouverture magistrale où se déploient dans un contraste saisissant la solennité des trompettes, timbales, pédale d’orgue et le superbe legato des cordes.

Plus familier sans doute des affres de la condition humaine que des aphorismes philosophiques, Vasily Petrenko nous livre en revanche une interprétation vibrante d’Une vie de héros. Dernier des poèmes symphoniques de Richard Strauss, composé en 1899, comprenant six sections nous contant l’histoire d’un héros imaginaire où d’aucuns ont pu reconnaître le compositeur lui-même, cette partition mêle avec bonheur amour, bataille et paix dans une succession bien rendue par le chef russe. Sur un tempo juste, Petrenko y attise les contrastes dans une dynamique soutenue, valorisant par la clarté de la narration la beauté des contre chants ainsi que tous les détails de l’orchestration. L’OPO fait montre d’une belle ampleur sonore et d’une réactivité jamais prise en défaut. À noter tout particulièrement des cuivres (cors) irréprochables, une petite harmonie d’où émerge une flûte solo très acérée et sarcastique dans les Adversaires du Héros, des cordes d’un lyrisme intense et une prestation de haute volée d’Elise Båtnes au violon solo dans La Compagne du Héros. Le Champs de bataille, effrayant, aux allures quasi expressionnistes, bénéficie d’un phrasé très narratif et acéré sans que jamais la clarté de l’interprétation n’en pâtisse, avant que la paix ne s’installe à nouveau dans un lyrisme serein signant l’Accomplissement final.

On suivra attentivement la prochaine production de ce programme Strauss auquel il manque peu de chose pour convaincre totalement.