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Vasily Petrenko imprécatoire dans la Symphonie n° 13 de Chostakovitch

À emporter, CD, Musique d'ensemble, Musique symphonique

Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n° 13 « Babi Yar » en si bémol mineur, op. 113. Alexander Vinogradov, basse ; Société chorale de Huddersfield ; Royal Liverpool Philharmonic Orchestra & Chorus, dir. Vasily Petrenko. 1 CD Naxos. Réf. : 8.573218, code barre : 747313321872. Enregistrement réalisé salle philharmonique de Liverpool (Angleterre) les 27-29 septembre 2013. Notice en anglais, textes : russe et anglais. Durée : 59’39

 

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poursuit son intégrale Chostakovitch avec Liverpool au plus haut niveau avec la symphonie Babi Yar.

En 1941, plusieurs dizaines de milliers de juifs et de résistants furent exécutés par les SS. Cet endroit terrifiant, un ravin situé près de Kiev en Ukraine, avait pour nom Babi Yar. L’événement effroyable conduisit le poète à faire devoir de mémoire au début des années 1960 tout en provoquant les foudres des autorités soviétiques en partie motivées par des considérations bassement politiques, tant vis-à-vis de la situation sociale derrière le Rideau de fer qu’au niveau international teintée d’anti-américanisme. Ce terrain préalable délicat n’empêcha point de s’emparer du texte (à la fin de l’année 1962), de le parer et de l’enrichir d’une de ses plus remarquables musiques. La portée universelle de cette symphonie devient une évidence à l’écoute doublée de la lecture du texte, auquel le compositeur ajouta d’autres poèmes du même auteur dénonçant ainsi, l’un et l’autre l’antisémitisme et les injustices sociales criantes sévissant en URSS.

Le premier mouvement Adagio, profondément expressif, pétrifiant, fait intervenir une basse profonde et l’orchestre changeant dans une osmose potentialisant le désespoir insondable de la voix et une orchestration à couper le souffle, à vous glacer le sang ! L’Orchestre philharmonique royal de Liverpool, irréprochable, sonne plus russe que russe et la voix d’ mènent aux tréfonds de la misère humaine, de sa destinée tragique, de ses conditions d’existence imméritées et invincibles. Sa diction vigoureuse et digne fait vraiment merveille tant dans l’Adagio initial – un zénith de l’art de Chostakovitch – que dans le second mouvement Humour (Allegretto) avec la critique ironique des dirigeants incapables heureusement de s’en emparer. Inspiré comme rarement, Chostakovitch habille à sa manière si caractéristique la défense des femmes silencieuses faisant la queue dans Au magasin (Adagio). Peur (Largo) et Une carrière (Allegretto) achèvent de dresser le bilan douloureux et pessimiste d’une société soviétique inique.

Toute cette entreprise exceptionnelle doit à l’évidence au travail incomparable du chef russe , impérial d’autorité, impliqué jusque dans ses plus profondes racines, compteur implacable d’une douloureuse histoire de notre – presque – présent. Après la publication de l’enregistrement exceptionnel de la création par Kondrachine en 1962 (Praga) avec une restauration remarquable, la relève interprétative est assurée.

En coopération avec la
sur les mémoires des violences politiques

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