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Une « Résurrection » de Mahler sans élan par Fabio Luisi

Œuvre gigantesque, la Symphonie n° 2 « Résurrection » de se pose en apothéose de cette 26e édition du Verbier Festival. Toute la scène des Combins est occupée par le . Pas loin d’une centaine de musiciens et un imposant chœur sont réunis pour la célébration d’une des œuvres parmi les plus emblématiques du catalogue mahlérien.

Gustave Mahler mit six ans à compléter sa composition commencée en 1888, et ne cessa de la modifier jusqu’en 1909, deux ans avant sa mort. Bien évidemment, difficile de concevoir qu’une telle distance de temps séparant les différentes phases de la composition puisse générer une totale unité symphonique. Et pourtant, quand bien même les influences de Wagner, de Bruckner sont évidentes, chaque mesure de cette symphonie reste d’une originalité inconfondable.

Dans la salle, on ressent la tension qui parcourt l’orchestre qui, après leur brillante prestation de Die Frau ohne Schatten de Richard Strauss quelques jours auparavant, se retrouve en devoir d’illustrer une autre œuvre difficile même si magistrale. Le silence gagne bientôt le plateau et le public. L’instant est au diapason, aux derniers petits accordages. Moments cacophoniques et traditionnels à tous les concerts, puis, comme par enchantement les instruments se taisent tout à coup. Un silence encore plus profond, chargé d’électricité, entoure la scène et l’audience. C’est l’entrée du chef. , très concentré, le geste rare, salue le public brièvement, fait face à son orchestre, regarde alentour comme s’il voulait s’assurer que personne ne manque à l’appel de la musique.

D’un geste impératif, acéré, presque nerveux, commande l’exorde des violoncelles et des contrebasses. Précises, volontaires, ces cordes réagissent immédiatement avec, dans cet arraché initial, une impression de force irrésistible. On est emporté. Déjà on se voit submergés par la puissance mahlérienne, par la volonté du compositeur de nous emmener dans ce monde des esprits qui, de plans en plans, de luttes en chutes déposent l’auditeur dans un monde brouillé, chahuté, chaotique pour le conduire vers la rédemption sublime, cette résurrection que Mahler veut nous faire partager. Mais bientôt, la tension redescend. La musique perd de sa densité. On se dit que c’est l’effet de l’écriture musicale qui ne peut être tendue tout au long de cette longue symphonie. Mais tout à coup, les cors et les bois agitent les consciences. La pression reprend ses droits pour disparaître à nouveau quelques minutes plus tard. transpire, s’agite, mais sa gestuelle ne pousse pas les musiciens du vers le dépassement d’eux-mêmes comme on les a vu faire lors de leurs précédentes prestations. Fatigue ? Lassitude ? On ne sait mais la sauce semble ne pas prendre.

Fabio Luisi, tout en soignant les interventions de chaque pupitre, ne parvient pas à les rassembler pour donner de l’élan à l’œuvre. Le chef est comme un architecte qui réunirait tous les éléments nécessaires à la construction d’une maison, s’assurant de la qualité de chaque pièce, de leur disposition parfaite, de l’exactitude de leurs dimensions mais serait incapable de les assembler pour en faire un ensemble cohérent. Si bien qu’entre le prometteur début et le final où le chef enfin nous raconte sa vision, avec les quelque soixante-dix chanteurs de l’ sublimant par un incroyable pianissimo un « Aufersteh’n, ja aufersteh’n wisrt du… », admirablement relayé par la voix investie de la mezzo-soprano , ce n’est qu’une suite de courts tableaux musicaux semblant n’avoir d’autre raison que d’exister pour eux-mêmes. Tout cela manque de liant, d’élan, d’émotions.

Crédit photographique : © Diane Deschenaux