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Intégrale des symphonies de Beethoven par Jukka-Pekka Saraste et le WDR de Cologne

L’intégrale du corpus symphonique beethovénien marque la fin du mandat de à la tête du WDR Sinfonieorchester de Cologne.

De belle facture, haute en couleur, mais manquant de caractère spécifique, elle s’ajoute encore aux quelques 180 intégrales antérieures déjà recensées, sans pouvoir pénétrer dans le cercle restreint des « grands anciens » dans lignée de Furtwängler, ou des interprétations plus récentes « historiquement informées » défendues notamment par Harnoncourt.

Véritable épreuve initiatique à laquelle tout grand chef (ou prétendu tel…) ne saurait se soustraire (certains y revenant plusieurs fois…) l’intégrale des symphonies de Beethoven fascine depuis toujours. n’échappe pas à ce sortilège en publiant cette interprétation qui emprunte de façon assez judicieuse une troisième voie entre tradition et modernité, entre vision romantique et lecture baroquisante, associant des tempi rapides, des appuis marqués, une utilisation copieuse des timbales qui paraissent souvent trop mates, une lisibilité et une précision rythmique inébranlables, excluant tout rubato et n’autorisant qu’un vibrato minimum. Reste que cette vision s’appuie encore sur un corps sonore dense où manque souvent l’émotion, entachée d’une certaine platitude malgré une superbe prestation de la phalange allemande, habituée de longue date de ce répertoire initié sous la baguette d’.

La Symphonie n° 1 fait plutôt bonne figure et témoigne de son influence haydnienne par sa simplicité lumineuse, sa progression pleine d’allant où le cantabile du I le dispute à l’allegria du IV. Les timbales, très présentes, en revanche, manquent d’éclat et alourdissent quelque peu le discours dans le II et III. La Symphonie n° 3 « Héroïque » bénéficie également d’une bonne dynamique avec de beaux crescendos, des accents très marqués, des cordes virevoltantes, sur un phrasé clair et bien nuancé dans le I. La Marche funèbre fait forte impression au début, pour devenir rapidement déliquescente par défaut de drame et de tension.

La Symphonie n° 2 vaut surtout par son interprétation globale qui sonne très beethovénienne. Saraste se plait à creuser les différences avec sa consœur précédente, et à souligner les signes annonciateurs du Beethoven ultérieur. Les mouvements I et IV sont assurément les plus réussis par leur phrasé contrasté, par leur dynamique et leur tension, auxquelles s’ajoutent de beaux effets d’urgence et d’attente inquiète, comme une réminiscence d’Heiligenstadt. Les performances solistiques sont notables avec une magnifique petite harmonie et de superbes timbales. En revanche, la Symphonie n° 6 « Pastorale » parait interminable par son manque de relief. Là encore seules les interventions individuelles des vents maintiennent un peu l’intérêt. Pour le reste la lecture du chef finlandais se confine dans une sérénité facile, voire caricaturale où seul l’expressionnisme de la Tempête nous sauve de l’ennui.

La Symphonie n° 7 semble, hélas, vue par le petit bout de la lorgnette, Saraste s’intéressant plus aux détails de la partition qu’à la vue globale de l’œuvre, d’où une impression de fragmentation et de confusion dans le I, majorée par des ruptures rythmiques surprenantes dans le III. En revanche, le II séduit par sa limpidité, par la beauté de sa ligne mélodique et l’expression des contrechants, tandis que le IV fait preuve d’une dynamique d’inspiration dionysiaque de bon aloi. A contrario, sans être captivante, la Symphonie n° 8 se démarque de la précédente par son unité, son homogénéité vive, gracieuse, élégante et équilibrée.

La Symphonie n° 4 répond par une accablante platitude aux aspirations d’un Beethoven amoureux de la comtesse Thérèse de Brunswick. Le I, par ses nuances trop marquées, entame une gaieté qu’on aurait souhaitée plus explosive, le II manque de volupté, le III n’est pas assez incisif, seul le IV sauve un peu la mise par sa légèreté insouciante. Contre toute attente, la Symphonie n° 5 en revanche, n’appelle aucune réserve, convaincante de bout en bout par ses saisissants crescendos et par son phrasé très nuancé qui jamais n’entame la continuité ou la tension du discours, alliant la force éclatante des timbales et la délicatesse des bois.

La Symphonie n° 9 très compacte, admirablement conduite pourrait bénéficier des mêmes éloges si le quatuor de solistes ne venait définitivement écorner cette interprétation orchestrale de haute volée, concluant sur une note malheureuse une intégrale, comme souvent assez inégale, dont la principale critique est de ne surprendre jamais. Plus superflue qu’indispensable, à réserver aux admirateurs inconditionnels du chef finlandais…