ResMusica - Musique classique et danse
- ResMusica - https://www.resmusica.com -

Un Bartók plein de promesses par Susanna Mälkki et l’Orchestre philharmonique d’Helsinki

Avec Le Prince de bois et Le Mandarin merveilleux, , à la tête de son Orchestre philharmonique d’Helsinki, ouvre le premier volet d’une série de trois enregistrements consacrés au compositeur hongrois par le label BIS.

Dix ans séparent ces deux compositions qui évoluent dans des contextes bien différents. Si Le Prince de bois (1914-1917) répond encore, par son livret, à une esthétique post-romantique empreinte de féerie, la partition, a contrario, développe un tout autre climat, paradoxalement teinté de symbolisme tragique, que d’aucuns purent expliquer par la proximité de la Grande Guerre. Le Mandarin merveilleux, en revanche, affiche clairement ses penchants expressionnistes. On connaît de longue date les affinités de la cheffe finlandaise pour le compositeur hongrois (son récent Château de Barbe-Bleue avec l’OSR en témoigne), cette proximité expliquant, sans doute, ce très beau programme comportant deux ballets : Le Prince de bois dans sa rare version intégrale et Le Mandarin merveilleux, hélas réduit à sa suite d’orchestre (1928). Un choix regrettable qui nous prive des derniers épisodes du drame, entamant, pour partie, la passionnante mise en miroir avec l’œuvre précédente.

Avec Le Prince de bois, réussit l’impressionnante gageure de concilier la mise en avant de tous les détails d’une orchestration aux sonorités éclatantes, typiquement bartokiennes, au sein d’un tissu orchestral sombre et inquiétant, constamment habité d’urgence et de drame. Une interprétation qui, par son climat, n’est pas sans rappeler l’étouffante atmosphère du Château de Barbe-Bleue, quasiment contemporain. Une lecture qui allie la clarté des textures au côté ténébreux de la pâte orchestrale et qui parvient à concilier dans un syncrétisme très convaincant les atouts des différentes versions de référence, comme celle de Boulez, dont la cheffe finlandaise a su à l’évidence tirer les enseignements. Sans renier Tchaïkovski pour la grâce et la danse, ni Stravinski pour la rigueur rythmique, ou encore la musique française pour la limpidité de la narration, Susanna Mälkki nous livre, ici, une vision virtuose et profonde, au fort pouvoir d’évocation, en parfaite adéquation avec l’esprit de l’œuvre, servie par une phalange finlandaise de haute tenue.

Dans un climat bien distinct, Le Mandarin merveilleux, séduit, là encore par sson dynamisme, par son ambiance expressionniste simulant une véritable course à l’abîme et par des performances solistiques notables parmi lesquelles on citera la clarinette enjôleuse et acidulée (jeune fille), le hautbois bringuebalant (l’homme âgé), le violon juvénile (adolescent) précédant l’apparition du mandarin dans une débauche de trompettes, trombones et percussions. La danse langoureuse et envoûtante n’apporte qu’un court répit avant la reprise d’une marche inexorable scandée par des cuivres convulsifs et des timbales effrayantes conduisant inéluctablement à la mort.

Pour ce premier volet d’une trilogie bartokienne, Susanna Mälkki et l’OPH réussissent un coup de maître, totalement convaincant dans l’esprit, comme dans la note. Un premier opus prometteur.