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La jeunesse éternelle d’Herbert Blomstedt et du GMJO

À la Philharmonie d’Essen, dans la Ruhr, , l’un des plus grands brucknériens, transmet une vie d’expérience à un juvénile orchestre d’élite.


Depuis plus de trente ans, le Jugendorchester réussit le pari d’être un orchestre de tout premier plan tout en renouvelant ses effectifs au fil de ses deux sessions annuelles : la confiance manifestée par son fondateur Claudio Abbado pour la passion inentamée des jeunes musiciens a payé et continue encore de payer, comme le montre la session estivale 2019.

, qui a déjà souvent montré son attachement à cet orchestre, choisit pour les Rückert-Lieder un accompagnement étonnamment en retrait, laissant la voix de prendre sans concurrence toute la lumière. C’est un peu dommage, tant les merveilles de l’orchestre mahlérien méritent d’être entendues plus distinctement, comme avait su le faire Bernard Haitink avec le même soliste il n’y a pas si longtemps. Cette retenue orchestrale, qui n’empêche d’ailleurs pas quelques belles touches chromatiques (le contrebasson dans Um Mitternacht, la conclusion de Ich bin der Welt), conduit le chanteur à proposer une autre interprétation, plus tourmentée : la vocalise sur le mot entscheiden, dans Um Mitternacht, a une violence inhabituelle chez lui.

Après l’entracte, la sixième symphonie de Bruckner démontre une fois de plus les affinités de Blomstedt avec cette musique. Le chronomètre nous donnerait peut-être tort, mais la simple écoute donne l’impression d’une interprétation vive qui ne cède jamais aux alanguissements, donnant du poids à l’archet des violons pour renforcer la tension du premier mouvement, privilégiant l’allant et l’affirmation rythmique à l’étirement de la matière sonore. On peut regretter par moments que les cuivres en restent à une littéralité qui manque d’expression, mais la majesté du premier mouvement, dès les premières mesures puissamment ancrées dans le grave, contraste efficacement avec les interrogations et les teintes plus fondues du second mouvement. Le sens du tragique de Blomstedt fait souvent merveille chez Bruckner ; ici, la sensation est autre, plus intime et plus inquiète, interrogative et tendue. Les jeunes musiciens de l’orchestre le suivent avec ardeur, avec aussi des qualités individuelles remarquable chez les solistes, à la clarinette et au hautbois notamment. Peut-on rêver plus bel exemple de transmission, peut-on mieux faire taire les éternels pessimistes du déclin de la musique classique ?

Crédits photographiques © Martin U.K. Lengemann

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