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Haitink et Gerhaher, XXe siècle à la Radio Bavaroise

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Munich. Philharmonie. 5-II-2015. Anton Webern (1883-1945) : Im Sommerwind, idylle pour grand orchestre. Gustav Mahler (1860-1911) : 5 Lieder sur des poèmes de Friedrich Rückert. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n° 15, op. 141. Christian Gerhaher, baryton. Orchestre symphonique de la Radio Bavaroise ; direction : Bernard Haitink.

Dans les Lieder de Mahler, le dépouillement du style de atteint de nouveaux sommets interprétatifs, accompagné par qui fait surgir de l’orchestre des merveilles inattendues.

Le localisme a du bon : c’est un peu à leur lieu de résidence que Munich doit d’entendre si souvent Jonas Kaufmann, Anja Harteros ou . Ce dernier fait les beaux jours non seulement de l’Opéra de Bavière, mais aussi ceux de l’Orchestre de la Radio bavaroise. Il y a quelques années, ils enregistraient ensemble, en concert, sous la direction de Daniel Harding, les Scènes du Faust de Goethe de Schumann, et le concert de ce soir n’est certainement pas le dernier d’une longue série.

Il y a toujours un peu de frustration à n’entendre un chanteur que pour vingt-cinq minutes de Lieder, quand tout un concert ne serait jamais trop long. Mais au moins ces vingt-cinq minutes sont des joyaux. Christian Gerhaher (qui proteste contre l’abandon du projet de nouvelle salle à Munich – photo) n’a jamais été un interprète très extraverti, et c’est bien pour la concentration de ses moyens expressifs, l’austérité vivante de ses interprétations qu’il a conquis une place dans le cœur de nombreux mélomanes. Ici, le dépouillement atteint de nouveaux sommets. La voix est comme mise à nu, et la pudeur, la discrétion du chanteur qui glisse sa voix dans l’orchestre parle d’autant plus fort qu’il faut en guetter les dires. Avec lui, fait bien mieux qu’accompagner : on sait quelle merveille est l’orchestration de Mahler ; ici, Haitink en fait jaillir des étincelles inattendues, où tel instrument paraît presque crier dans Um Mitternacht – et naturellement l’orchestre est là pour faire vivre cette vision âpre, collectivement comme individuellement (le violon solo d’Ich bin der Welt !).

Le concert s’ouvre par l’une des rares œuvres de jeunesse de Webern à avoir trouvé sa place au concert : il y a quelque chose d’une impasse dans le gigantisme de l’effectif orchestral, démesuré même pour son temps (1904), dans l’impressionnisme de sa poésie sonore ; du moins Bernard Haitink est-il là pour en déployer le vaste paysage. Impasse aussi, mais d’une autre nature, pour l’ultime symphonie de Chostakovitch, cette œuvre étrange pétrie de citations et de discontinuités, qui dresse un bilan plus angoissant qu’ouvert sur l’avenir des 50 ans de carrière d’un musicien. Il voulait écrire une symphonie gaie, et elle l’est en effet, du moins dans les premières minutes ; quand s’éteint le dernier mouvement, le cauchemar se révèle en réalité aussi impénétrable qu’au cœur des terreurs staliniennes. Haitink est chez lui avec Chostakovitch, qu’il a beaucoup interprété ici et ailleurs : il ne cherche pas à atténuer le chaos et l’ombre, au prix d’une vision cette fois un peu moins habitée de l’œuvre interprétée, qui n’échappe pas toujours de ce fait à une certaine monotonie. Mais peut-on se lasser d’entendre cette musique et cet orchestre ?

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Munich. Philharmonie. 5-II-2015. Anton Webern (1883-1945) : Im Sommerwind, idylle pour grand orchestre. Gustav Mahler (1860-1911) : 5 Lieder sur des poèmes de Friedrich Rückert. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n° 15, op. 141. Christian Gerhaher, baryton. Orchestre symphonique de la Radio Bavaroise ; direction : Bernard Haitink.

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