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Un Schubert humain par Andrea Lucchesini

Pour débuter un cycle de trois disques consacrés aux œuvres tardives pour piano de , propose deux de ses sonates et un petit bonus.

est connu des mélomanes pour avoir joué et enregistré des pages de Luciano Berio. Pour les gravures de la musique de , ceci n’est que son deuxième disque, le premier, regroupant les Impromptus D. 899 et 935, ayant été édité par Avie Records.

Pour la Sonate pour piano n° 20 en la majeur D. 959, élaborée en septembre 1828 (deux mois avant le décès du compositeur), Andrea Lucchesini nous sert un Schubert d’une grande musicalité et intimiste, mais également d’une finition des phrasés par moments légèrement « anguleuse », qui n’empêche pas de sonorités envoûtantes (nettes, rondes et charpentées dans les basses et scintillantes dans les aigus) liées à une force évocatrice puissante. C’est ainsi que nous sommes désarmés face à la scène dramatique que le pianiste développe dans l’Andantino, le deuxième mouvement de l’œuvre : il galvanise par l’expression aussi piquante que sublime, de même que – peut-être paradoxalement – déchirante par la suavité. Chaque accord, voire appui sur les touches, apporte sa propre signification au sein de cette histoire emplie d’émotions purement humaines, nous renvoyant à la résignation et au destin tragique de Schubert.

Le programme de cette parution est complété par la Sonate pour piano n° 4 en la mineur D. 537 et l’Allegretto en ut mineur D. 915. La sonate, façonnée en 1817, fait partie de cet album car au début du deuxième mouvement, elle contient une mélodie dansante sur laquelle le compositeur serait revenu lorsqu’il travaillait sur le thème d’ouverture du finale de sa Sonate pour piano n° 20 en la majeur D. 959. Sur le plan de l’exécution, Andrea Lucchesini charme, encore une fois, par un large éventail de couleurs et la profondeur du toucher. Cependant, il nous laisse sur notre faim quant à la gestion et la présentation de la progression des tempi : ceux-ci donnent parfois l’impression d’être traînants, et ce, malgré toute la beauté sonore qui les embaume. En ces moments, la continuité du fil narratif est brisée.

Malgré les réserves évoquées ci-dessus, cette réalisation est recommandable aux aficionados de l’œuvre de Franz Schubert, et ce, non seulement en raison d’un travail éditorial soigneux que nous apporte Audite, mais surtout parce qu’elle offre une approche axée sur la mise en valeur de l’aspect humain de cette musique.