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Le Beethoven impérial de Michel Dalberto

Pianiste rare mais dont chaque nouvel enregistrement est un événement marquant, revient à Beethoven avec un album regroupant cinq sonates qui nous fait espérer qu’il grave un jour l’intégrale beethovénienne qu’on attend de lui.

Il y a presque un an reparaissaient les gravures Erato du jeune considérées comme le « legs inachevé et pourtant presque parfait du pianiste ». Aujourd’hui c’est le label de La Dolce Volta qui nous offre cet album de cinq sonates de Beethoven enregistrées en deux concerts à Lyon. L’objet est luxueux mais quelques remarques à l’éditeur s’imposent en préambule : la relative brièveté de l’ensemble est frustrante car les deux disques auraient pu accueillir une ou deux sonates supplémentaires, une vilaine résonance sur le dernier accord du premier mouvement de l’appasionata ainsi que quelques petits bruits parasites dans le premier de l’opus 111 auraient pu être évités. Broutilles certes en regard de la réussite de l’ensemble.

Sur un Steinway magnifiquement harmonisé, la vision de Dalberto s’impose en effet, toujours parfaitement construite avec un art consommé des transitions et des progressions, des phrasés agréablement galbés et un sens des couleurs, on pourrait presque écrire de l’orchestration qui force l’admiration. Écoutez la « marche funèbre » de la sonate éponyme, où le piano se fait tambours ou fanfares au gré du pianiste, ou le premier mouvement de l’appassionata à la dimension véritablement orchestrale. Et l’immense opus 111 en impose par sa concentration sans concession et toujours ce parfait étagement des plans sonores qui rend d’une lisibilité constante les alternances de tensions et de détentes qui habitent l’écriture même de Beethoven.

Avec cet album, Michel Dalberto signe un ensemble un peu intimidant mais d’une maîtrise digitale et spirituelle permanente et d’une beauté de toucher qui force l’admiration. En refermant cet album, on se prend à rêver d’une intégrale beethovénienne sous les doigts de Michel Dalberto, susceptible de faire pendant à son intégrale schubertienne (Denon, rééditée par Brillant) qui reste la plus belle jamais gravée à ce jour.

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