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Mark Andre et Matthias Pintscher cherchent la lumière avec l’EIC

Autour de cinq ouvrages composés ses dernières années avec une influence théologique, les trois premiers de et les deux derniers de , le concert de l’ s’assèche par la longueur et le manque de surprise des partitions.


Dès le début du concert, le nombre de places restées vides dans la Salle des concerts de la Cité de la Musique inquiète, bien que le programme soit prometteur. Certes, les musiques traitées par l’ ne sont pas faciles d’approche et ne s’écoutent pas comme le répertoire classique et romantique, car elles nécessitent plus de concentration et une véritable ouverture d’esprit à la curiosité, mais les spectacles du Festival d’Automne ont normalement leur public, et l’on s’attendait à une salle plus qu’à moitié pleine.

Malheureusement, on ne peut à la fin du concert, sous-titré Vers la lumière, que s’accorder sur le fait que les œuvres présentées cette fois, sur plus de deux heures de musique et plus de trente minutes de pauses cumulées, offrent un résultat trop neutre et requièrent une concentration trop longue pour maintenir l’attrait jusqu’au bout. Trois pièces de , Riss I, Riss II et Riss III ouvrent la soirée, avec une graduation de cinq minutes de plus entre chacune, la première durant seize minutes. Mais si le temps se développe à mesure que les pièces avancent, le matériau basé sur le concept de déchirure dans la pensée de la théologienne franciscaine Margareta Gruber s’épuise rapidement. Mark Andre, dans la continuité de ces travaux précédents, utilise pour ce triptyque composé de 2014 à 2017 toutes les possibilités laissées par les instruments pour développer la matière sonore. Les cuivres, du tuba wagnérien au trombone, sont alors autant frappés à la main sur l’embouchure que soufflés, tout comme l’accordéon dont les doigts de l’instrumentiste tapotent parfois le clavier sans faire ressortir d’autres sons que celui des touches enfoncées. De ces techniques résulte surtout un éternel retour à un rythme, asséné à l’image des accords cadencés du Sacre du Printemps, dont on perçoit de nombreuses évocations. La technique de composition ne peut être remise en cause et Mark Andre est clairement un compositeur d’importance, mais après une heure, la notion d’académisme ressort fortement, d’autant que passé Riss I, aucune surprise n’apparait plus ni dans Riss II ni dans Riss III, pour lequel une montée en tension aurait été nécessaire. L’utilisation de tuyaux et autres instruments rares en fin d’ouvrage ne suffit pas à maintenir l’attention.

En seconde partie, le directeur musical de l’Ensemble Intercontemporain redevient également compositeur, pour rejouer sa version pour violon et ensemble de mar’eh, créé en 2016 dans cette même salle, alors avec Hae-Sun Kang. Tiré de la version pour orchestre créé en 2011 par Julia Fischer et Vladimir Jurowski, rejouée depuis par le compositeur entre autres avec Renaud Capuçon devant les Berliner ou l’OSR, l’œuvre tire comme souvent sa toile de fond d’une référence hébraïque, mar’eh voulant dire « visage » ou « signe ». Sur une matière basée sur le traitement des micro-sonorités, jamais déployée au-delà du forte, le cor prépare un motif introductif réutilisé ensuite par le violon, retranché à l’aigu pendant les vingt-cinq minutes que dure l’ouvrage. Maintenue presque toujours dans le pianissimo, la pièce bénéficie de la qualité d’écoute d’un public particulièrement silencieux, autant que de la dextérité du jeu sans fioriture, très différent des propositions de Capuçon, du violoniste . En dernière partie, Nur s’apparente sans le reconnaître à un concerto pour piano, avec pour soliste , parfois obligé de se lever pour pincer les cordes de son instrument, même si ce geste reste marginal ici par rapport aux demandes d’Andre dans la première partie. Là encore, le style de Pintscher se reconnait, par cette matière tout juste touchée, très nuancée et jamais énergisée, là où l’heure tardive et le temps déjà passé à rester concentré auraient nécessité un ouvrage plus vivace. La clarté du piano, bien associé à la douzaine d’instruments de l’ensemble permet toutefois à l’occasion de rattraper l’oreille à cette partition écrite pour et créée par Daniel Barenboim en ce début d’année à la Boulez Saal de Berlin.