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Le Duo Tartini dit adieu à la basse continue

À la salle Cortot, la violoncelliste et le violoniste poursuivent l’exploration d’un répertoire dont témoigne déjà un disque Tartini paru il y a quatre ans chez Agogique.

S’il n’est pas l’inventeur du duo pour violon et violoncelle sans instrument harmonique, en a laissé un témoignage fameux avec ses Piccole sonate (dont un aperçu a été donné récemment par Evgeny Sviridov). Il a aussi et surtout fait figure de chef d’une école padouane dont des représentants, à l’honneur ce soir, ont utilisé cette forme (Nardini, Bonporti…). Qu’elle soit dûe à des contingences matérielles ou à un véritable choix artistique, cette décision de se passer de la basse continue met particulièrement en valeur le violoncelle, qui s’émancipe de son rôle d’accompagnateur et devient presque l’égal du violon.

Pour autant, l’écriture continue généralement de suggérer une harmonie, par l’emploi de doubles cordes mais pas seulement. C’est particulièrement net chez , l’inventeur du genre, dans la Ricercata 6 qui ouvre le programme. On admire l’homogénéité du son et la complicité auxquelles arrivent les deux musiciens ; le mélange de virtuosité sereine, d’insouciance et de gravité à laquelle ils parviennent dans la Sonate en do mineur opus 5 n° 6 de est remarquable. L’écriture fantasque de Tartini est quant à elle rendue avec beaucoup de vie, dans une sonate censée évoquer la guitare portugaise. n’est pas avare d’appuis sur les dissonances dans l’Andante, et d’ornements inventifs en général. est à l’unisson sur ce chapitre. Elle est mise en valeur dans un Capricio pour violoncelle seul de Giuseppe Dall’Abaco, où elle pourrait par moments respirer davantage, mais où sa musicalité et son jeu souple savent captiver l’auditoire.

Avec , les feux du baroque se teintent déjà de classicisme viennois. De toutes les œuvres entendues ce soir, son Duetto III en la mineur est la seule qui penche nettement en faveur du contrepoint. Enfin, le Français est véritablement inclassable. Sa Sonate opus 1 n° 4 fait penser à Gluck et Haydn et semble annoncer Beethoven. Mais le Cantabile central, riche en chromatismes et légèrement sirupeux sous l’archet de David Plantier, se passe de comparaison, tandis que le Presto final, plein de fougue et de volume, est encore dans les filiations italienne et française. Toutes ces curiosités, excellemment présentées ce soir, seront à découvrir dans un disque dont la sortie est imminente.

En première partie, le duo Rhizottome, composé du saxophoniste de jazz Matthieu Metzger et de l’accordéoniste Armelle Dousset, a fait entendre ses compositions inspirées de poèmes ou de danses populaires, qui combinent le goût du rythme et de la ritournelle avec des recherches sur les sons. Le lien avec le programme principal est fait par un arrangement d’un air de Rameau (« Monstre affreux » de Dardannus), et dans un bis qui rassemble les deux duos où, même si l’équilibre sonore est en défaveur des cordes, le plaisir du jeu en commun est intact.

Crédits photographiques © Agogique