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Poignant Requiem de Brahms par Harding et l’Orchestre de la Radio suédoise

À la tête des troupes de l’ dont il est directeur musical depuis 2007, , accompagné de et , signe une interprétation du Requiem allemand de Brahms d’une bouleversante humanité.

On connaît la difficile genèse de ce requiem dont la composition s’étale sur plus de dix ans (1854-1868), reprise à l’occasion de différents épisodes douloureux survenus dans la vie de Brahms, comme la mort de en 1856, ou encore la mort de sa mère en 1865. Probablement agnostique mais élevé dans le protestantisme luthérien, Brahms puise tout naturellement ses sources dans la bible de Luther, sans référence à une quelconque liturgie. Prière humble et confiante, ce requiem dramatiquement humain, héritier des cantates funèbres baroques de Schütz ou Bach, met l’accent sur la souffrance humaine et la consolation, pour s’achever dans la joie : « Béni soit leur chagrin, qu’ils en soient consolés », sans aucune référence au Christ, ni à la Résurrection.

Dans le premier mouvement « Selig sind, die da Leid tragen », le superbe chœur suédois émerge dans un contraste saisissant, d’une instrumentation sombre associant une grande pédale d’orgue, cordes graves et cors, avant que le second mouvement « Denn alles Fleisch, es ist wie Gras » ne recrute toutes les ressources dramatiques de l’orchestre et du chœur sur une dynamique tendue, scandée par les timbales. , magistral, prête ensuite l’ampleur et la fragilité de son baryton à un troisième mouvement « Herr, lehre doch mich, daβ ein Ende mit mir haben muβ » chargé d’humanité et de détresse. L’ambiance pastorale du quatrième mouvement « Wie lieblich sind deine Wohnungen, Herr Zebaoth ! » annonce la félicité de la vie céleste et l’espoir de la consolation « Ihr habt nun Traurigkeit » admirablement chantée par le soprano pur et diaphane de , entourée d’une petite harmonie irréprochable. Le sixième mouvement « Denn wir haben hie keine bleidende Statt » est probablement le seul qui puisse être rapproché du Dies Irae de la liturgie catholique par son climat d’urgence, de colère et d’effroi dans l’évocation du Jugement dernier, précédant l’apaisement final « Selig sind die Toten, die in dem Herrn sterben » ….

Sans théâtralité excessive, lumineux et recueilli, mais porté par un souffle continu, nous donne de ce Requiem allemand une version en tous points remarquable. Par la clarté et la transparence orchestrale qui laisse libre cours à toutes les performances solistiques de la phalange suédoise. Par l’élégance, l’à-propos et la précision de sa direction qui maintient de bout en bout un souverain équilibre, symbiotique, entres voix et orchestre. Par la justesse du ton, enfin, baigné d’une ferveur intimiste oscillant entre humilité, espoir, joie, détresse et consolation. A tout cela s’ajoute un chœur exceptionnel d’éloquence et deux solistes superlatifs, pour obtenir une version qui apparaît comme une nouvelle référence aux cotés de Klemperer, Jansons, Abbado, Harnoncourt ou Herreweghe, pour ne vexer personne !

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