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Jeanne d’Arc au bûcher en live par le Concertgebouw et Stéphane Denève

Avec cette gravure en SACD de Jeanne d’Arc au bûcher d’, et le Concertgebouw d’Amsterdam nous donnent une belle opportunité de nous familiariser avec cette œuvre rarement exécutée.

Jeanne d’Arc au bûcher doit son élaboration à la danseuse, chorégraphe et actrice Ida Rubinstein. Elle interpréta le rôle-titre lors de la création mondiale de l’œuvre, à Bâle en mai 1938, qui connut un grand succès. Les commentateurs de l’époque prêtent attention à l’harmonie artistique entre le catholique Claudel, le calviniste Honegger et la juive Rubinstein, qui nous présentent l’histoire de l’une des plus célèbres saintes de l’Église romaine. Malgré la réussite, la partition ne parvient pas à s’imposer dans le répertoire des maisons d’opéra. Ce constat n’évolue pas malgré plusieurs enregistrements au disque, dont celui effectué en 1989 sous la direction de pour Deutsche Grammophon qui ne passe pas inaperçu. Changera-t-il avec cette nouvelle interprétation par le Concertgebouw sous la direction de ?

Sur le plan de l’exécution, saluons d’abord les acteurs récitant leurs rôles avec de vives émotions : Jean-Claude Drouot en frère Dominique et en Jeanne d’Arc. La voix du premier, éloquente et chaleureuse, assure à la prestation le drame et le sérieux que cette partition exige. Celle qui incarne la Pucelle d’Orléans se pare, à son tour, d’une articulation précise et d’un timbre agréable, même aux moments où elle hausse le ton au point de crier. Et quand elle chante, nous sommes saisis par son soprano délicat et mélodieux, voire hallucinant dans sa simplicité, qui est du point de vue de l’expression, le contraire de celui de La Vierge (rôle chanté uniquement, interprété par Claire de Sévigné), empreint d’intensité, typiquement opératique et pas aussi irrésistible.

En second lieu, nous apprécions dans cette gravure les qualités de l’ d’Amsterdam et des ensembles vocaux dont il s’accompagne, et ce, en termes de l’homogénéité narrative, ainsi que d’une palette de couleurs sombres permettant de renforcer – tantôt par la morosité, tantôt par la massivité – la puissance évocatrice de l’histoire qu’ils nous racontent. C’est ainsi que l’atmosphère qui règne ici est moins sèche que chez Seiji Ozawa et surtout moins violente, bien que pas dénuée de grandeur propre au style de l’écriture d’Honegger.

Nous sommes, cependant, moins enthousiastes quant aux interprètes des rôles chantés, hormis Claire de Sévigné déjà evoquée. Le ténor et la basse manquent de véritable ampleur et profondeur, et ne convainquent pas vraiment par leur vibrato parfois trop forcé et un timbre monochrome. Heureusement, sachant que, dans cette œuvre, les « premiers violons » sont tenus par les déclamateurs, les chœurs et l’orchestre, nous pouvons vite passer sur ces menues déconvenues. Cette interprétation par le tout nouveau directeur musical du St. Louis Symphony Orchestra apporte une contribution bienvenue et de qualité à la discographie de Jeanne d’Arc au bûcher.

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