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Olivier Dubois ou la radicalité à Nancy

Come Out, une nouvelle création d’ pour le CCN , s’appuie sur une partition méconnue et radicale de . Un coup de blush militant !

C’est un parti pris qui ne supporte pas l’à peu près. En choisissant la musique en boucle hyper répétitive de Come Out de comme support à sa nouvelle création pour le CCN , opte une nouvelle fois pour la radicalité. À l’instar de la musique, conçue par Steve Reich en hommage aux Harlem Six, groupe de six jeunes afro-américains arrêtés et inculpés collectivement pour un meurtre commis lors des émeutes de Harlem en 1964, il sample un unique mouvement comme base exclusive de sa chorégraphie. Là où le bât blesse, c’est que les danseurs n’étant pas des robots, certains danseurs ont du mal à interpréter ce mouvement circulaire unique, constituant en une rotation des épaules prolongée par un mouvement de caresse des bras sur les cuisses. Comme le rythme cardiaque, ce mouvement syncopé forme un flux continu qui se propage à l’ensemble des danseurs. Certains, cependant, exagèrent les épaulements ou décalent un peu plus loin le bras, ce qui obère l’effet hypnotique de l’unisson. La lumière ne permet pas d’unifier visuellement l’ensemble, du moins dans la première partie du spectacle où les danseurs de la première ligne sont plongés dans la pénombre.

Lorsque l’unisson se décale, introduisant un prolongement du mouvement allant jusqu’au bras levé, l’absence d’uniformité devient moins gênante et révèle un bouquet de gestes contraires, déclinant aléatoirement la même boucle de mouvement. Évoquant la légère blessure volontairement provoquée par les jeunes inculpés de Harlem pour être pris au sérieux, le tapis de sol et les académiques rose donnent un aspect moiré, comme un coup de blush, au spectacle. Ces peaux rosies sont autant de cœurs battants dans une escalade combattante/militante, un embrasement formel des corps.

Depuis Tragédie, on comprend l’attrait d’Olivier Dubois pour la figure dupliquée, l’effet hypnotique du nombre et de la masse, qui démultiplie la déflagration de la musique. L’expérimentation formelle s’appuie désormais sur un savoir-faire que le chorégraphe a à cœur d’inscrire dans le répertoire de nombreuses compagnies françaises. Une gageure !

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