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Merce Cunningham revisité par le Ballet Rambert

En 1964, créait le premier Event. 55 ans plus tard, le revisite la geste cunninghamienne, dans un Rambert Event qui devient un spectacle à part entière à la Grande Halle de La Villette.

Scénographie et costumes inspirés de la série Cage de , lumières sophistiquées, musique live interprétée par Philip Selway, Adem Ilhan et Quinta, on est loin dans ce Rambert Event du happening disruptif imaginé par Merce Cunninham en 1964 au Museum des XXtes Jahrhunderts de Vienne dont la configuration sans cintres ne permettait pas de programmer un « spectacle » au sens traditionnel du terme. Par nécessité, inventait alors le premier Event, au cours de la toute première tournée mondiale de sa compagnie.

Grand messe présentant des extraits de chorégraphies, des performances, dans une configuration scénique variée allant du gymnase au musée, de l’université au théâtre, l’Event était une forme à part entière qui réunissait rituellement spectateurs et danseurs. On en compta jusqu’à 67, puis on cessa de compter. Des extraits d’anciens spectacles de la compagnie renaissaient dans ce collage chorégraphique, déterminé ou aléatoire, formel ou informel, selon les lieux et les circonstances.

Rien de tel avec ce Rambert Event, dont l’approche est celle d’un produit fini. Si le vocabulaire cunninghamien est bien présent, avec des extraits reconnaissables de chorégraphies, le ton et le style des danseurs s’éloigne de l’esprit de l’Event. Le niveau technique et la belle personnalité scénique des danseuses valorise cette approche renouvelée du répertoire, en le rendant contemporain et non patrimonial. Un revival rendu possible par la très belle et poétique musique de Philip Selway, membre de , accompagné ici par Adem Ihan et Quinta.

En revanche, si ce beau spectacle permet de passer une bonne soirée, les puristes regretteront que l’orthodoxie du style de Merce Cunningham ne soit pas respectée par l’ensemble des danseurs. Ici et là, on regrette un dos qui n’est pas assez droit, des bras trop souples, des épaulements trop décalés.
De plus, bien que visuellement chatoyant, du fait des costumes et du décor inspiré d’un cycle de peintures de , Cage, qui donne un résultat alternant entre les Nymphéas et des laques précieuses, le spectacle est dépourvu d’un fil conducteur formel qui faciliterait sa lecture. On regrette aussi le manque d’engagement collectif de la compagnie, dont les danseurs – individuellement remarquables – ne semblent parfois pas faire partie d’un ensemble.

Crédits photographiques : © Tony Nandi