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Le Concertgebouw en majesté avec Iván Fischer à Luxembourg

Avec , Haydn et Rossini permettent à l’orchestre phare des Pays-Bas de montrer ses plus beaux atours.

Au diable la mélancolie : c’est par une ouverture de Rossini que commencent les deux parties du concert. Il n’y a rien de plus pesant que de la musique légère mal jouée, et Rossini en a fait les frais plus souvent qu’à son tour ; ici, la musique bondit avec naturel et fluidité, en prenant le temps de respirer, mais sans se priver des grands effets du début de La Pie voleuse. L’esprit est somme toute le même que celui des concerts du Nouvel An de Carlos Kleiber : de la musique légère prise comme la chose la plus importante du monde, mais infiniment légère pour autant, et riche de couleurs que la routine habituelle ne laissait souvent pas même deviner.

Le cœur de la première partie est consacrée à la Symphonie concertante de Mozart avec et l’artiste en résidence de cette saison au Concertgebouw, . Parfois à la limite de la justesse, avec une tendance à marquer un peu trop énergiquement le phrasé, toutes deux font néanmoins montre d’un bel esprit chambriste, l’écoute étant ici la valeur suprême, avec un orchestre lui aussi plus à l’écoute que porteur d’une véritable voix propre. Dans ces conditions, l’œuvre s’écoute agréablement mais ne gagne pas vraiment en profondeur.

La Symphonie n° 102 de Haydn qui clôt le concert est un grand bonheur, et pas seulement parce qu’on entend encore et toujours trop peu ce répertoire. Les baroqueux, à commencer par Harnoncourt, nous ont beaucoup apporté dans ce répertoire, mais entendre un grand orchestre jouer ainsi Haydn, avec ses couleurs généreuses et cette sensualité immédiate est un bonheur tout aussi grand. Fischer n’est pas de ces chefs qui prennent avec insistance le contrepied des baroqueux en ralentissant les tempi et en alourdissant le discours ; au contraire, l’équilibre serein de son interprétation restitue la partition dans son contexte de création qui en fait un des sommets du classicisme viennois. Le dernier mouvement est ainsi pris à un tempo très modéré, mais même si on aimerait que le violoncelle solo du mouvement lent soit plus présent, les cordes de l’orchestre sont l’événement de la soirée, capables de toutes les transparences comme de textures plus corsées, donnant au son orchestral un volume qui enveloppe le spectateur – avec l’aide de l’excellente acoustique de la salle de Christian de Portzamparc, mais d’abord grâce à la culture unique de cet orchestre que les difficultés récentes n’ont heureusement pas pu entamer.

vient de quitter son poste à la tête de l’Orchestre du Konzerthaus de Berlin, et on sait assez que le Concertgebouw cherche un directeur musical après le désastre Gatti : après de nombreuses collaborations depuis plus de trente ans, ce concert ne peut que donner des idées.

Crédits photographiques © Philharmonie de Luxembourg/ Sébastien Grébille