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Rodelinda en DVD, quand les images apportent peu

Après un passage par Lille, où elle a été enregistrée, puis à Caen, cette Rodelinda avait été donnée en version de concert au Théâtre des Champs-Élysées, où on l’avait beaucoup appréciée, et on attendait avec grande impatience l’occasion d’en voir les images.

Hélas, il ne faut jamais trop attendre qu’un miracle se reproduise. Les visuels ne nous ont pas vraiment séduite. Les costumes, avec leur débauche de manchettes et jabots en dentelle et leur couleurs flashy, sont criards et agressent les yeux. L’idée de doubler les personnages par des marionnettes, voire de leur faire porter des masques n’est pas neuve. De même, l’ajout de tapis roulants et du glissement latéral des décors, parfois intérieur bourgeois du XIXᵉ siècle, parfois tubes lumineux, parfois grillages, ajoutent au statisme de l’ensemble. Bref, ce qui peut plaire dans une salle de concert n’est pas forcément convainquant à l’écran.

On a l’impression que même l’équilibre des voix s’en ressent, et que ce qu’on avait tellement aimé en live perd une partie de sa saveur. a toujours son maintien de déesse, et elle porte le caraco à merveille. Très solide techniquement, elle sait fort bien varier les atmosphères et les couleurs, les traits d’agilité et autres trilles n’ont aucun secret pour elle, mais est-ce un effet de la prise de son, elle nous semble moins spectaculaire qu’à Paris. Son époux à la scène, Bertarido, le contre-ténor , souple et sensible, déploie puissance et énergie, et lui donne la réplique sans faillir, même s’il verse plus dans son interprétation du côté geignard que du côté guerrier.
est un Grimoaldo au joli timbre et à la vocalisation facile, qui dépeint parfaitement le caractère de cet éternel indécis, tiraillé jusqu’au bout entre remords et amour. , qui incarne le véritable méchant de l’œuvre, Garibaldo, est particulièrement remarquable, grâce à son autorité vocale et un jeu scénique d’une grande finesse. Particulièrement desservie par les costumes et le maquillage, assume crânement son personnage ambivalent.

Le grand luxe de ce DVD est la présence de dans le second rôle d’Unulfo, qu’il assure dans plusieurs de ses entretiens être un de ceux de ses préférés, car il apporte de la couleur et du bonheur au public. Son chant merveilleux, sa présence, sa silhouette souple et longiligne, propre à toutes les acrobaties, seront marquantes pour longtemps.

La caméra ne montre jamais, et c’est fort dommage, et son Concert d’Astrée. ils apportent pourtant toute la musicalité et la tension dramatique inhérentes à l’œuvre.

Malgré ses indéniables atouts, et en plus du fait que la partition a été amputée de quelques numéros, la référence en termes de DVD reste celle de Jean-Marie Villégier et à Glyndebourne, en 1998.