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La Belle au bois dormant par Vladimir Jurowski à Berlin

Une bonne musique de ballet fait-elle une bonne pièce de concert ? Ce n’est pas toujours sûr.

Quoi de mieux qu’un grand ballet classique pour fêter Noël ? Le Staatsballett Berlin alterne en ce moment entre Bayadère et Casse-Noisette ; à la Philharmonie, c’est La Belle au bois dormant qui est à l’affiche… mais sans la danse. Moins fréquent en concert que Le Lac des Cygnes, le deuxième des trois ballets de Tchaïkovski a contre lui sa longueur : les deux heures et demi de musique nécessitent deux entractes, une partie non négligeable du public profitant du second pour s’esquiver. , qui a déjà enregistré la partition avec l’Orchestre Svetlanov, est cette fois à la tête de son orchestre berlinois, le .

L’expérience que constitue cette version concertante n’est pas sans intérêt, mais avouons-le : il y a quelques bonnes raisons de ne pas mettre cette œuvre plus souvent au programme des salles de concert. Une bonne partie de l’œuvre ne fait qu’enchaîner des allegros de tout caractère, certes brillamment colorés par l’orchestration de Tchaïkovski, mais ce que la danse justifie pleinement ne suscite ici qu’une certaine monotonie, quand bien même on s’efforce de suivre mentalement le développement du ballet – la minceur du scénario, comparé à celui bien plus narratif du Lac des Cygnes, n’y est sans doute pas pour rien. Les indications très détaillées de Marius Petipa pour les besoins de sa chorégraphie justifient amplement cette monotonie, et si la musique de Tchaïkovski mérite bien d’être entendue pour elle-même, une suite pour orchestre de bonne longueur y suffirait sans doute.

a la sagesse de ne pas en faire trop : quelques passages, certes, sont pris à un tempo qui ne permettrait à aucun danseur de s’en tirer sain et sauf, et il n’y a pas de raison de refuser les décibels aux moments opportuns. Mais il s’y livre avec modération, sans s’attarder sur les passages les plus gratifiants. Est-ce à dire qu’il n’est pour rien dans la monotonie de la soirée ? Pas entièrement : la couleur de l’orchestre, qui ne laisse pas voir grand-chose de l’inspiration française Grand siècle de la partition, manque elle-même un peu de variété, et le souci d’aller de l’avant l’empêche de creuser suffisamment les passages qui méritent de l’être. L’orchestre, à commencer par d’excellents solistes au premier violon et au hautbois, ne ménage pas sa peine et répond parfaitement aux exigences de précision de son directeur musical : l’expérience de cette longue version de concert n’est donc pas entièrement convaincante, mais ce n’est pas la faute de ses interprètes.

Crédits photographiques © Simon Pauly