- ResMusica - https://www.resmusica.com -

Romantique Juan Diego Flórez à Dortmund

Annoncé sous le titre « Viva Verdi ! » le concert de à Dortmund avec la pianiste française n’est, somme toute, pas très verdien. 

Non, plus de Rossini ! , rossinien émérite depuis ses débuts légendaires à Pesaro en 1996, en a assez des roulades et coloratures, des aigus et contre-aigus. C’est le répertoire romantique italien et français qui l’intéresse désormais – les opéras de Bellini et Donizetti, de Verdi et Puccini, de Gounod et Massenet. Depuis quelques années déjà, les prises de rôle se multiplient. Et c’est, logiquement, dans ce répertoire que Flórez se présente lors de son concert à Dortmund.

Pour commencer, trois charmantes mélodies de Bellini, remplaçant justement trois ariettes de Rossini annoncées dans le programme. Le public, déjà, applaudit à tout rompre – mais la star est encore bien réservée. Passé un premier intermède pianistique – est une bonne pianiste, mais manque de charme et d’individualité –, Flórez revient pour nous chanter deux classiques de Donizetti : « Una furtiva lagrima » et le grand air d’Edgardo, extrait de Lucia di Lammermoor. Toujours un rien crispé, il offre pourtant une leçon de belcanto : la beauté du timbre, la longueur du souffle, le sens des nuances, tout force l’admiration. Encore un solo du piano et nous voilà, enfin, chez Verdi. Le court air alternatif de Foresto, que écrivit en 1847 pour une reprise d’Attila à Milan, n’est pourtant qu’une mise en bouche pour la grande scène d’Alfredo, extrait de La Traviata. Si récitatif et air sont détaillés avec soin, c’est la cabalette, couronnée d’un impressionnant contre-ut, qui fait tomber la salle.

Après l’entracte, visiblement plus décontracté, Flórez nous emmène à Vienne. Si, idéalement, les airs de Lehár demandent un médium plus étouffé, les superbes demi-teintes et la facilité de l’aigu finissent par nous convaincre – sans parler d’une diction allemande quasiment parfaite. Petit intermède pianistique, et c’est l’opéra français qui est à l’honneur. Après l’air de Werther, abordé dans la manière du grand , c’est celui de Don José qui surprend le plus. C’est, certes, un exercice de concert, mais quelle intensité, quel abandon, quelle beauté – avec même un si-bémol abordé mezza voce.  Après un dernier solo de la pianiste, toujours aussi académique, le programme officiel se termine avec l’air de Rodolfo, extrait de La Bohème. Si, là aussi, le médium manque un peu d’épaisseur, la qualité du légato, la chaleur de l’interprète et, bien sûr, un contre-ut royal finissent par l’emporter. Standing ovation.

Très vite, Flórez revient pour une longue série de bis. Un medley de chansons latinoaméricaines d’abord, présenté avec charme, et fortement acclamé, notamment, par les nombreux Péruviens présents dans la salle. Puis, après Granada, l’ambiance est en ébullition. Florez pourtant en rajoute un dernier bis : « Nessun dorma ». Un triomphe.

Crédits photographiques : © Gregor Hohenberg/Sony Classical

(Visited 822 times, 1 visits today)