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Avec Reinoud Van Mechelen, programme Dumesny à l’Arsenal de Metz

Dans un programme très sélect, composé exclusivement de pièces écrites à l’intention d’un grand chanteur de Louis XIV, et son ensemble emportent l’adhésion par la qualité de leur lecture et par l’intensité de leur engagement.

Le programme du concert de l’Arsenal de Metz, destiné à évoquer la carrière musicale du haute-contre de Louis XIV Louis Gaulard Dumesny, est à la note près, et dans le même ordre, celui du CD paru récemment et chroniqué dans nos colonnes. Même le morceau donné en bis, l’air « Sommeil, qui chaque nuit » extrait de L’Europe galante de Campra, est celui sur lequel se clôt le CD. L’ordre des morceaux étant guidé, pour le concert comme pour le disque, par les grandes étapes de la carrière du haute-contre favori de Lully, peut-être eût-il été judicieux d’inclure lors de la soirée une narration destinée à retracer le parcours haut en couleurs d’un chanteur réputé pour son alcoolisme et dont la carrière avait commencé dans les cuisines de l’intendant Foucault à Montauban. Cela aurait rendu moins hermétique un programme réellement ambitieux, fait d’une sélection des principales partitions autrefois créées et interprétées par Dumesny. Si l’on y entend avec bonheur des extraits connus de certains des grands opéras de Lully ou de Charpentier (Persée, Armide, Amadis, Acis et Galatée pour le premier, Médée pour le second), le concert est également l’occasion de découvrir de superbes pages dues à certains des successeurs du compositeur franco-italien, notamment celles de musiciens comme , ou Henry Desmarets. Quand on a dans l’oreille une merveille comme l’air « Ah ! Que le sommeil est charmant », on a hâte d’entendre dans son intégralité la Circé de ce dernier.

On ne peut sans doute rêver, pour ces airs écrits dans la tessiture élevée du haute-contre à la française, de meilleur interprète que le ténor belge . L’onctuosité des attaques, la facilité déconcertante avec laquelle le chanteur négocie ses longs phrasés dans le haut de la voix, n’ont d’égal que la clarté d’une diction dont on comprend chaque mot, en dépit du choix délibéré de recourir à une prononciation du français à l’ancienne : « vouèr » pour « voir », etc. Curieusement, l’italien de l’air de Desmarets « Je veux enivrer mon cœur » (rendu dans la traduction « Ebbro far voglio il mio core ») modifie radicalement les couleurs d’un organe vocal parfaitement sous contrôle tout au long de la soirée. L’intensité de l’engagement, la beauté des pages retenues par le programme ont vite fait de balayer les quelques réticences qu’auraient pu susciter en début de soirée un programme péchant un tant soit peu par manque de variété. Conduit par le chanteur, l’ensemble instrumental aura lui aussi fait preuve tout au long de la soirée de la délicatesse absolument indispensable pour faire vivre des pages d’une infinie poésie dont les interprètes d’aujourd’hui savent désormais nous donner les clés.

Crédit photographique : Reinoud Van Mechelen © Senne Van der Ven

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