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Les fastes du sacre de Louis XIV restitués par Sébastien Daucé

La mise en musique d’un couronnement royal est prétexte à un véritable opéra sacré. Comme le Ballet royal de la Nuit avait consacré le Roi-Soleil aux yeux du monde profane, le sacre royal à Reims un an plus tard apporte l’onction divine au « plus grand roi du monde », à grand renfort de musiques fastueuses.

Pour établir le programme musical de cet enregistrement, et le musicologue Thomas Leconte se sont livrés à une véritable enquête. Si on ne sait pas précisément quelles pièces ont été jouées le 7 juin 1654 en la cathédrale de Reims, en revanche le déroulement de la cérémonie est parfaitement connu grâce aux nombreuses sources : témoignages des contemporains, gravures des décors, effectif des musiciens… On sait qu’étaient réunis pour ces festivités les musiciens de la chapelle, de la chambre et de l’écurie, hauts et bas instruments, ainsi que la maîtrise de la cathédrale. Et pour enraciner l’évènement dans la grande lignée des ancêtres du jeune roi, on n’hésitait pas à faire appel aux musiques des générations précédentes, qui furent jouées pour Henri IV et Louis XIII. Ainsi, pour accompagner la procession d’entrée, c’est une pavane entendue à l’occasion du mariage de Louis XIII qui fait sonner sacqueboutes, cornets, chalemies et serpent sous les ors de de Versailles. Certes, ces lieux sont postérieurs de près de cinquante ans au sacre à Reims, mais ils se prêtent admirablement à une mise en espace permettant un effet de stéréophonie entre les différents chœurs. Toute la théâtralité du cérémonial est ainsi reconstituée à travers les interventions musicales variées (répons en plain-chant, faux-bourdons, polyphonies somptueuses, pavanes des processions…). La messe du sacre elle-même est empruntée à Charles d’Helfer, maître de chapelle de la cathédrale de Soissons. De nombreux motets anonymes proviennent des manuscrits Deslauriers et de Tours, principales sources pour le répertoire du milieu du XVIIᵉ siècle en France. Et un superbe Dixit Dominus de Cavalli peut être entendu comme une allusion à l’influence de Mazarin. Le motet anonyme qui conclue le programme avec toute la troupe, Gaudete et exultate, est une explosion de sonorités chatoyantes qui a elle seule résume la magnificence royale.

Sous la direction précise et inspirée de , les musiciens de l’ensemble Correspondances en grand effectif rendent à merveille les fastes des polyphonies. Les voix sont parfaites, la pâte sonore idéalement sculptée. Quant aux jeunes Pages, souvent positionnés en tribune, ils font preuve d’une belle homogénéité dans les unissons. Gageons que l’on trouvera parmi eux les grands solistes de demain.

Les mouvements de la caméra portent un éclairage sensible sur les différentes formations qui se répondent et mettent en valeur la scénographie. La mise en lumière de l’architecture de la Chapelle ajoute à la beauté de l’ensemble. Une réalisation de grande qualité et une belle présentation du livret richement illustré font de ce DVD un magnifique objet tant visuel que sonore.