Fabuleuse nuit blanche avec le Ballet Royal de la Nuit

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Jean de Cambefort (c1605-1661), Antoine Boesset (1587-1643), Louis Constantin (1697-1779), Michel Lambert (1610-1696), Francesco Cavalli (1602-1676), Luigi Rossi (1597-1653) : Le Ballet Royal de la Nuit sur un texte d’Isaac de Benserade. Mise en scène, chorégraphie et scénographie : Francesca Lattuada. Costumes : Francesca Lattuada, Olivier Charpentier et Bruno Fatalot. Maquillages, coiffures, perruques : Catherine Saint-Sever. Lumières : Christian Dubet. Avec : Violaine Le Chenadec, une Heure, Cintia, 2ème Grâce française ; Caroline Weynants, Euridice, 1ère Grâce française ; Caroline Meng (CD), Ilektra Platiopoulou (DVD), Giunone ; Caroline Dangin-Bardot, Vénus, Le Silence; Marie-Frédérique Girod (CD), Judith Fa (DVD), Pasitea, Bellezza ; Lucile Richardot, La Nuit, Venere ; Dagmar Saskova (CD), Deborah Cachet (DVD), La Lune, Dejanira, 3ème Grâce française; Stéphanie Leclerc, Marie Pouchelon (CD); Stephen Collardelle (CD), David Tricou (DVD), Apollo ; Davy Cornillot, L’Aurore, Aura I ; Etienne Bazola, Le Sommeil, un Suivant de Vénus, Aura II, 4ème âme errante; Renaud Bres, Ercole ; Nicolas Brooymans, Ruscello (CD) Grand Sacrificateur (DVD) ; Francisco Mañalich, Constantin Goubet, Jeroen Bredewold (CD) ; Danseur : Sean Patrick Mombruno. Jongleurs : Jive Faury, Thomas Le Doze et Yan Oliveri. Acrobates : Marianna Boldini, Pierre-Jean Bréaud, Adria Cordoncillo, Frédéric Escurat, Alexandre Fournier, Caroline Le Roy, Pierre Le Gouallec, Pablo Monedero de Andrès, Jordi Puigoriol, Michael Pallandre, Florian Sontowski, Chloé Tribollet. Choeur : Stephen Collardelle, Anaïs Bertrand, Jeroen Bredewold, Constantin Goubet, Stéphanie Leclerc, Randol Rodriguez, Amandine Trenc, René Ramos. Ensemble Correspondances, direction : Sébastien Daucé. 3 CD et 1 DVD Harmonia Mundi. Enregistrement réalisé au Théâtre de Caen les 11 et 12 novembre 2017. Durée : 64:20; 66:51; 53:36 (CD); 3h16 (DVD)

 

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ballet royal de la nuit HMAprès avoir enchanté ses spectateurs à Caen, Dijon et Versailles, le Ballet Royal de la Nuit rêvé par prolonge la veille dans un magnifique coffret.

Ce soir on danse… On n’est pas couché…. Des intitulés très contemporains viennent à l’esprit à l’audition des trois CD puis à la vision du DVD témoins du travail de fourmi réalisé trois années durant par l’. a reconstitué le ballet dansé par un Louis XIV de 15 ans, au cours de la soirée jupitérienne à l’origine du surnom qui devait identifier son règne, ballet au terme duquel il apparut en Soleil. Souhaité par un Mazarin essoré par la Fronde, le Ballet Royal de la Nuit, avec ses quatre veilles couvrant les 12 heures nocturnes, se voulait rassembleur avec son large spectre de caractères mêlant déités et Cour des Miracles, autant que marqueur d’une nouvelle ère à destination des nations voisines.

Les sources laissent filtrer, en sus du livret poétique d’Isaac de Benserade, une simple ligne de premier violon recopiée en son temps par Philidor. La paternité multiple de la partition, autour des parties introductives de Jean de Cambefort, est indiscernable à un point tel que la reconstitution de Daucé a dû passer par la recomposition. Le chef s’est adjoint les services d’Antoine Boesset, de Louis Constantin, de , de conséquents emprunts à l’Ercole amante de Cavalli ainsi qu’à l’Orfeo de Rossi pour la couleur opératique en vogue à l’époque, et même d’un anonyme pour l’irrésistible All’impero d’amore final. Cette version de plus de trois heures complète celle parue en 2015, à laquelle manquaient 27 entrées qui, confie Daucé, lui résistaient encore. Le son Correspondances, parfaitement relayé par l’expérience Harmonia Mundi, représente ce qui se fait de mieux en matière de séduction sonore : opulence façon Jordi Savall, graves profonds, théorbes en majesté, cohésion puissante de tous les pupitres pour un baroque symphonique à même de faire passer la plus menue des danses pour un bijou compositionnel. Constellation de chanteurs sublimes de maîtrise et de style autour de l’astre noir de . Premier éblouissement.

Si la musique se veut au plus près de ce qui se joua cette nuit de février 1653 au Palais du Louvre, le spectacle que l’on découvre ensuite sur le DVD capté en novembre 2017 au Théâtre de Caen, en est aux antipodes. Actualité oblige, on baillerait aujourd’hui devant une reconstitution de type Atys d’un propos dramaturgique nous sommant de révérer l’avènement d’un monarque éclairant.

D’une entreprise aussi codée Grand Siècle (gentiment moquée par des perruques délirantes et colorées), Daucé, sans jamais perdre de vue la ligne de mire de l’éblouissement originel, fait le choix, après 364 années de silence, d’un spectacle universaliste. La chorégraphe met en scène. Leur Soleil est noir (l’impérial est Louis), leur peuple kaléidoscopique. Le ballet de cour élitiste estampillé France devient spectacle de rue du Monde. Le propos se démarque aussi loin que possible des atermoiements genrés contemporains, ainsi qu’en témoigne la liberté costumière offerte à chacun (il n’est pas interdit de penser que les hommes du spectacle portent plus bellement robe que le Roi-Soleil). Les effets font mouche, à l’instar de cette première image d’une course éperdue de complets-vestons sur la scène vide. Mais les moyens sont simples : un rideau translucide, un jeu d’orgues entre ombre et lumière, des fumigènes, une pluie pailletée, un cyclorama s’agrandissant ou se rétrécissant (sous la caméra insouciante de François- coupable ça et là d’autres distractions tel l’assassin plan de biais qui évente le trucage des deux Petites Espagnolettes, ou le filmage trop intime de l’effort circassien qui, de la salle, ne devait être qu’apesanteur). Le spectaculaire vient davantage des corps, tous magnifiés, voire érotisés. Second éblouissement.

« Le succès du Ballet Royal de la Nuit fut immense », rapporte Thomas Leconte dans le luxueux livret de ce livre-disque. Le succès des représentations de 2017 le fut aussi. Nul doute qu’il sera au rendez-vous du merveilleux cadeau offert par cette parution essentielle.

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