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La Petite Renarde rusée de Janáček à Liberec

Régulièrement programmé en République tchèque, La Petite Renarde rusée de est repris cette saison à Liberec, avec une équipe qui possède dans le sang le rythme et les couleurs de cette musique.


Depuis quelques décennies, La Petite Renarde rusée est devenue en République tchèque ce que Hänsel et Gretel est à l’Allemagne. Très souvent jouée en matinée le week-end pour les enfants, comme encore récemment à Prague, l’œuvre gagne parfois à être montée en soirée, alors principalement pour les adultes.

Avec cent mille habitants, Liberec possède une maison d’opéra basée sur un système de répertoire, qui permet de proposer chaque saison une grande variété de titres. L’année passée, une nouvelle mise en scène de l’antépénultième opéra de Janáček y était créée, reprise cet hiver pour quelques dates. L’orchestre d’une quarantaine de musiciens ne dévoile pas la rondeur des plus grandes formations du pays, mais il en a la couleur et la dynamique. Ainsi, loin d’une grosse pièce symphonique comme sous Rattle et le LSO l’année dernière, la formation tchèque et leur directeur musical Martin Doubravský mettent en lumière la vivacité et la délicatesse de cette partition, pleine de couleurs et d’une pulsation parfaitement adaptée à la fraicheur de l’ouvrage.

Le plateau dispose de la même tradition, et délivre un texte qu’il comprend parfaitement, contrairement aux distributions internationales apparues en Europe de l’Ouest depuis le travail de Charles Mackerras. Ainsi, on se permet de faire chanter d’abord une enfant pour la toute jeune renarde enlevée à la première scène, avant de laisser la primeur à Lívia Obručník Vénosová. La soprano use d’un bel éclat pour porter sa partie, qu’il s’agisse de son combat féministe pour dégager les poules – ici la plupart fumeuses – de l’influence du coq, ou lors de son duo d’amour avec le renard. Celui-ci revient à la jeune mezzo-soprano Alžběta Vomáčková, d’une douce palette de sons dans le médium. Toujours assoiffés, les hommes apparaissent souvent une bouteille à la main, quand ils n’essayent pas de s’immoler par le feu avec, comme le vagabond de Csaba Kotlár. Le forestier de Pavel Vančura présente un timbre intéressant, bien qu’il manque parfois de souffle, tandis que l’on repère surtout le chant bien projeté du Curé et du blaireau de Josef Kovačič.


À cette distribution s’ajoutent les chœurs d’enfants, Dětský pěvecký sbor Severáček, frais et énergiques comme l’œuvre, ainsi que le chœur principal du Divadlo FX Šaldy Liberec, lui aussi très bien préparé pour ses parties. La mise en scène expose des décors de qualité moyenne de Michal Syrový, qui, tout comme les costumes de Tomáš Kypta, démontrent plus un budget limité qu’une absence d’idée dans la proposition. Souvent drôle, la mise en scène cherche aussi à intellectualiser le propos, avec un buste du compositeur dont elle ne fait pas grand chose, mais avec des livres qui évoquent à leur manière l’éducation de la renarde slave, d’abord avec en main un abécédaire, puis avec La Ferme des animaux d’Orwell, pour se révolter contre la dominance de l’homme.

Crédits photographiques : © Karel Kašák

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