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Danse d’aujourd’hui à la Bastille

Comme chaque année désormais, le Théâtre de la Bastille programme, en collaboration avec les Ateliers de Paris, quatre propositions chorégraphiques sur deux semaines. Un panorama contemporain qui va de et à , puis de à et .

Les danseurs portugais et sont des habitués du Théâtre de la Bastille où ils ont joué dans Antoine et Cléopâtre, puis dans Sopro, sous la direction de Tiago Rodrigues. Ils reviennent ici avec Ce qui n’a pas lieu en chorégraphes, après une première proposition en 2014. Leur double identité de danseurs et d’acteurs imprègne ce spectacle autour du verbe et de sa traduction gestuelle ininterrompue. Un discours en écho émis en léger décalé pour les deux danseurs, sous la forme de phrases syncopées et courtes, illustrées de mouvements. Malgré la voix suave et séduisante des deux danseurs, le texte émis ne nous touche pas, car il est basé sur la répétition. Petit à petit, cette logorrhée verbale et gesticulatoire devient une tentative désespérée d’exister dans l’espace sonore et physique. La scénographie borne sur les quatre côtés l’horizon géographique du spectacle : un praticable posé au sol pour le terrain de danse, une toile peinte côté cour, une grille suspendue en fond de scène, des panneaux de contreplaqué arrachés à un sol quelconque côté jardin. La danse surgit pourtant à la fin du spectacle, arrivant comme par effraction, évoluant vers un corps à corps vocal ou une confrontation linguistique. Oulipo n’est pas loin.

Dans A l’Ouest, refuse tout folklore et fait de son enquête ethnographique dans les réserves indiennes du Canada un objet chorégraphique contemporain. Costumes, scénographie, lumière, tout concourt à rendre abstraite la notion même d’indien, ou de terres autochtones. Olivier Granville désosse le vocabulaire gestuel des Pow Wow, ces grands rassemblements d’indiens en habits traditionnels, et en conserve la rythmique, n’hésitant pas à amplifier ces mouvements dans une certaine radicalité. A l’Ouest, ambitieux spectacle par sa portée universelle, est aussi une aventure féminine, accompagnée par un musicien percussionniste.

Pour son premier solo, Labourer, plonge dans les racines de la danse populaire. Elle fait siennes les bourrées, gigues et autres contredanses des danses folkloriques pour en tirer un vocabulaire chorégraphique essentiellement rythmique et décontextualisée. Pas d’imagerie, mais un décor contemporain, composé d’un rideau bleu roi, d’un tapis et d’un fond blanc et d’une ampoule rouge. En guise de long intermède, un film en noir et blanc de l’Institut Pasteur est projeté. Il permet de voir en accéléré la croissance des végétaux, dont les évolutions s’apparentent à une danse. Cinq tambours équipé d’un dispositif vibratoire donnent un rythme percussif à la représentation. chante en ancien français une romance. Ce faisant, elle s’égare un peu et perd l’efficacité de son dispositif chorégraphique, développé dans la première partie du solo. Malgré tout, on apprécie la radicalité dans la forme et dans le fond.

Spécialiste du corps performatif, est une chorégraphe américaine. De son côté, a eu une vie d’analyste financier avant de se consacrer au spectacle vivant. Au rythme lancinant d’un jeu de ping-pong, le duo de chorégraphes décline pour Maps un concept basé sur la marche, faisant circuler ses danseurs le long de lignes en abscisses et en ordonnées. À intervalles réguliers, il scande des mots illustrant des tempéraments ou des sentiments. L’ensemble est assez froid, du fait du traitement synthétique de la musique, même quand les rythmes s’intensifient. La chorégraphie reste individuelle, jouant sur des lignes parallèles où croisées. Comme dans les spectacles précédents, la danse semble aussi inspirée des danses traditionnelles ou folkloriques, sautillante, basée sur une phrase unique et répétitive. Ce qui manque dans ce spectacle, c’est un enjeu dramatique qui dynamite quelque peu la proposition exclusivement formelle proposée par Liz Santoro et Pierre Godard. Une étincelle qui fasse pétiller !

Crédits photographiques : Labourer de Madeleine Fournier © Tamara Seilman

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