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Interprétation exemplaire des sonates D. 845 et D. 850 de Schubert par Philippe Cassard

On connaît l’amour de pour Schubert. Dans ce nouvel enregistrement gravé pour La Dolce Volta, ce sont les deux sonates D. 845 et D. 850 qu’il nous est donné de redécouvrir dans une interprétation sensible et parfaitement équilibrée.

D’un bout à l’autre du disque, on trouve dans cette interprétation le même esprit éminemment « schubertien », se jouant d’un manichéisme musical qui accentuerait avec excès les contrastes entre le tragique et la lumière. Chez Schubert, on le sait, ces deux dimensions s’attirent mutuellement et ne font bien souvent qu’une. On est d’autant plus reconnaissant à de ne pas céder à ce travers, que les deux sonates semblent pourtant se situer à l’opposé l’une de l’autre : la sonate D. 845 est aussi trouble et inquiétante que la D. 850 est solaire et aimable. Néanmoins, le tourment à l’œuvre dans la Sonate en la mineur n’est jamais trop appuyé : le jeu très nuancé de Cassard évoque plutôt une succession de doutes, que d’agréables répits (dans le deuxième mouvement à variations notamment) ne parviennent pas à dissiper. La fièvre ne monte que graduellement jusqu’à la coda du mouvement final, superbement amenée.

De même, dans la Sonate en ré majeur, l’affirmation éclatante du « moi » schubertien, revivifié par ses séjours dans la montagne autrichienne, n’est en rien surjouée. La puissance de l’interprétation, qui exploite la force quasi-tellurique de l’instrument, reste parfaitement maîtrisée. Elle ménage une forme de tendresse, quand s’élève l’hymne qui succède à l’exposition du mouvement Con moto, et même une certaine dose d’humour, dans le troisième mouvement en particulier.

Ce magnifique résultat d’ensemble, permis par une grande intelligence de jeu, découle avant tout d’un respect absolu d’une partition qui se suffit à elle-même, et au service de laquelle Philippe Cassard se place entièrement. L’absence de maniérisme et la pureté des traits sont bien le meilleur parti pour aborder ces pages foisonnantes qui recèlent leur propre vision du monde. C’est avec finesse et authenticité que le pianiste la dévoile pour nous, non sans gratifier ses auditeurs de trois courtes Valses entre les deux monumentales sonates, transition en forme de gourmandise qui permet de reprendre ses esprits.

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