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Une seconde Passion selon saint Matthieu pour les 30 ans du Bach Collegium Japan

Pour le chef , une deuxième Passion selon saint Matthieu au disque, chez le même label BIS Records, célèbre le trentième anniversaire de son ensemble le .

Vingt ans après un premier enregistrement de ce sommet de la musique sacrée de Jean-Sébastien Bach, Masaaki Susuki remet l’ouvrage sur le métier. S’il était encore à l’époque au début de son cursus dans l’œuvre du Cantor, il en a depuis achevé la totalité, vocale et instrumentale, ayant approfondi sa structure, son langage et sa rhétorique. Sur le fond, sa conception n’a guère changé avec trois à quatre voix par pupitre dans un chœur auquel les solistes sont intégrés, des instruments anciens ou copies d’anciens et une équipe renouvelée en partie et rajeunie.

Au jeu des comparaisons entre les deux versions, on notera quelques différences sensibles dans les détails comme une texture plus aérée, des lignes plus fines ou la présence d’un clavecin à certains moments. Mais ce qui a motivé , c’est la commande d’un nouvel orgue et sa construction par le facteur franc-comtois Marc Garnier. Le chef tenait à la présence d’un orgue plus étoffé, en lieu et place des positifs habituellement utilisés aujourd’hui, pour la basse continue et appuyer la ligne de basse. Il entendait se rapprocher ainsi de la sonorité et des conditions du temps de Bach, qui utilisait un orgue de tribune avec l’orchestre 1 et un petit orgue ou clavecin avec l’orchestre 2. Il a basé ce nouvel enregistrement sur ce nouvel orgue, qui selon lui « fournit un continuo à la sonorité plus pleine pour les solistes, les orchestres et les chœurs ». Cela s’entend dès le double chœur introductif « Kommt, ihr Töchter, helft mir klagen sehet » avec un soutien harmonique plus large.

L’Évangéliste de porte le récit avec conviction, de façon plus impliquée de Gerd Türk en 1999. Le Christ plein de noblesse de s’impose, même s’il ne fait peut-être pas oublier Peter Kooy dans l’enregistrement précédent. Les airs solistes de brillent au firmament, notamment le bouleversant « Aus Liebe will mein Heiland sterben » et l’on apprécie les remarquables interventions des altos masculins, Clint van der Linden, et dans « Erbarme dich » et « Ach Golgotha ».

Même s’il avoue avoir envie de recommencer tout le cycle des cantates, oratorios et messes, Masaaki Suzuki admet qu’il ne succombera pas à cette vaine tentation. Il s’en tient donc à cette conception pleine d’humanité, sereine, apaisée, qui dépasse le drame humain pour délivrer un message universel. Cette interprétation naturelle ne cherche pas à intimider l’auditeur. Il n’y a rien ici de monumental, seulement une lecture intime et épurée, selon un élan de ferveur et une sobriété toute luthérienne. D’ailleurs, le chef confie avec humilité : « Si notre interprétation peut transmettre le message de l’Évangile à l’auditeur, il ne saurait y avoir de plus grande joie ».

Mis à jour : 17/05/20 à 13h40