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La Philharmonie de Paris sort de son douloureux silence avec Wagner et Strauss

La belle endormie s’éveille doucement aux sons de Wagner et Strauss pour ce court concert qu’on pourrait presque qualifier d’ « inaugural » car survenant après une interruption de plusieurs mois liée à la pandémie de Coronavirus. Une reprise très attendue, se déroulant malheureusement à huis clos, mais retransmise en direct sur le site de la Philharmonie et sur Arte concert, en attendant des jours meilleurs…

À l’instar de nombreuses autres salles de concert européennes (en Allemagne notamment) la Philharmonie de Paris ouvre à nouveau la scène de la grande Salle Pierre Boulez aux musiciens de l’ (orchestre en résidence) avec un programme convoquant Wagner (Siegfried-Idyll, Enchantement du Vendredi saint) et Strauss (Sextuor de Capriccio). Des œuvres célèbres, assez symboliques de la situation, répondant parfaitement aux exigences sanitaires par leur effectif réduit à 37 musiciens jouant à huis clos devant une salle vide, à l’exception de quelques mécènes privilégiés. Plus encore que la qualité de l’interprétation, l’intérêt de ce concert tient à son existence même, marquant le début d’une normalisation progressive, en même temps que l’éternel retour de la musique.

Quarante petites minutes et puis s’en vont… C’est peu, mais suffisant pour nous laisser en mémoire quelques impressions dont la plus marquante est sans nul doute la cruelle solitude ressentie devant les images de la grande nef de la Philharmonie désespérément vide. On pourra également regretter l’absence de présentation des œuvres ou une réalisation quelque peu maladroite avec de nombreux bruits parasites… mais ne boudons pas notre plaisir devant la satisfaction de retrouver tous ces visages connus dont aucun ne manque à l’appel.

Le Sextuor à cordes d’ouverture de Capriccio ouvre la soirée dans sa version chambriste initiale (2 violons, 2 altos, 2 violoncelles) dirigé du violon par . On y admire la clarté de la polyphonie, le legato des cordes, cette nostalgie typiquement straussienne qui hésite entre nonchalance et fièvre, ces lignes qui s’entrelacent simulant une constante improvisation. Siegfried-Idyll lui fait suite, donné également dans sa version de chambre originale, faisant appel à 13 musiciens (quintette à cordes et huit instruments à vent) composée pour l’anniversaire de Cosima, le 25 décembre 1870, à partir d’une esquisse de quatuor à cordes, secondairement enrichie par des thèmes regroupés autour de la passion de Siegfried pour Brünnhilde. C’est au tour de de diriger du violon. Si la section d’ouverture confiée aux cordes semble manquer un peu de tension et de passion, la petite harmonie rutilante fait bientôt chanter les couleurs avant que la pièce ne se termine sur les chants d’oiseaux parfaitement rendus. L’Enchantement du Vendredi saint, extrait de l’acte III de Parsifal (après le baptême de Parsifal par Gurnemanz) est une sorte de renaissance (!) moment de grande sérénité et d’une rare élévation spirituelle et poétique qui contraste avec la direction quelque peu pataude de installé cette fois au pupitre… Une dernière occasion de clore ce mini concert sur un sourire !

On reviendra le lendemain (28/05) pour les Métamorphoses de Strauss. Rendez-vous est pris à 20H30 sur Philharmonie Live ou Arte concert.

Crédit photographique : Grande salle Pierre Boulez Philharmonie © Beaucardet

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