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Le cabaret horrifique à l’Opéra Comique : hémoglobine et champagne

Quelle plus belle manière pour l’Opéra Comique que de rouvrir sa salle en offrant un spectacle qui conjure le mauvais sort en invoquant les forces maléfiques du Cabaret horrifique ?

La soirée commence sous les meilleurs auspices avec une flûte de champagne, tout en accueillant le spectateur par un cadavre suspendu au plafond tel une pièce de boucherie. L’on est invité à s’installer sur le plateau de la scène principale, avec en toile de fond la salle magnifique qui devient ainsi l’objet du regard et non plus l’objet d’où l’on regarde la scène. Cette salle connaît tout au long du spectacle des éclairages effrayants en faisant apparaître par-dessous tel visage habituellement aimable d’une cariatide devenue menaçante ou bien en laissant planer une ambiance de pénombre mystérieuse et souvent enfumée. Les acteurs-chanteurs réduits au nombre de trois (sans compter la pianiste qui est également une protagoniste de premier plan) évoluent de part et d’autre du public disposé en carré, dans des dégagements prévus dans les coulisses ou le fond de scène qui s’ouvre de façon inquiétante, image figurant au programme de tout film d’horreur classique du genre.

L’axe du spectacle voulu par la metteuse en scène est le sordide comme support des extraits musicaux choisis en fonction d’une thématique macabre voire funèbre. Entre un gore kitsch assumé et une superposition de pièces musicales contrastées, le spectacle se révèle un véritable exutoire du plaisir de sourire et de rire. Ainsi figurent nombre de bruitages à base de poireau que l’on tord (semblable au bruit d’os qui se broient), de paille que l’on gratte (illustrant le feu qui détruit des éléments du décor) et de rires sardoniques qui sont autant d’introductions aux pièces musicales variées dont l’étendue du répertoire va de Henry Purcell (l' »Air du Froid » du King Arthur) à Marie-Paule Belle (« Nosferatu ») en passant par Boris Vian ou Kurt Weill avec comme finalité de surprendre l’auditeur. Le format temporel de la performance est parfait (une heure et quart), ne laissant pas la monotonie s’installer et renouvelant toutefois l’envie d’être étonné. occupe la partition de la voix féminine et l’espace allégé du nombre habituel des spectateurs l’autorise à remplir la salle de sa Folie de la Platée de Rameau ou de l' »Air du feu » de l’Enfant et les sortilèges de Ravel. La voix de baryton est portée par défendant le sombre destin de l’Erlkönig de Schubert ou de l’Hidraot de l’Armide de Lully.

Les clins d’œil sur le gel hydroalcoolique utilisé sur le clavier du piano ou le masque sur le visage des chanteurs n’enlèvent rien à l’accompagnement discret et parfait (bien que souvent sanguinolent) de la pianiste , et c’est surtout le talent de , silencieuse de parole mais éloquente de présence, que l’on retiendra comme la raison du succès d’un spectacle exorcisant les vexations d’une scène culturelle appauvrie par un contexte qui rend l’avenir incertain.

Crédit photographique: Cabaret horrifique © Stefan Brion