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Beethoven magnifié par Barenboim, Mutter et Yo-Yo Ma

Pour fêter les 20 ans de la création du qu’il a fondé avec Edward Said, retrouve son compositeur fétiche . La symbolique de ce projet est forte avec un orchestre composé de jeunes musiciens israéliens, palestiniens et d’autres États arabes réunis pour servir et faire rayonner le message pleinement humaniste du maître de Bonn.

Dans le Triple Concerto, Daniel Barenboïm retrouve et dont on ne présente plus les affinités profondes avec ce répertoire. Cette captation réalisée lors d’un concert à la Philharmonie de Berlin se révèle être à la hauteur de l’événement. Une alchimie subtile s’instaure d’emblée entre eux et nous entendons un Beethoven au discours terriblement moderne.

Le violoncelle de est particulièrement en vue à travers ses dialogues avec le violon solaire d’. Son élégance, le raffinement lumineux de ses lignes aérées répondent à la beauté plastique du Stradivarius dont la profondeur de jeu devient particulièrement incisive à chaque fin de phrase et s’enchaîne sur des parties crescendi jouées sans filet.

Barenboim reste un brin en retrait et pourtant, c’est lui qui creuse le discours. Il prend la liberté de retenir le tempo, ponctuer ses interventions par des ralentis : un certain maniérisme qui peut être agaçant lorsque son utilisation devient fréquente. Dans les passages lyriques, son toucher moelleux est plus proche de celui qu’on retrouve chez Mozart. Il trouve davantage sa place dans les mises en tension, des parties de « friction » captivantes aux fulgurances fougueuses – tempi poussés en fin de premier et dernier mouvements.

Si la construction d’ensemble est équilibrée, les contrastes sont bien amenés par un orchestre homogène dont la flexibilité expressive est présente dans tous les registres. Le temps est suspendu dans le Largo d’une profonde tendresse. Que ce soit seul ou tous ensemble, les trois complices déroulent une plénitude expressive qui occupe tout l’espace. Conversant à nouveau avec fougue, chaque soliste s’en donne à cœur joie dans la célébration irrésistible du dernier mouvement. Le Rondo allo Polacca est enlevé avec une frénésie rafraîchissante. Son caractère jubilatoire trouve ici une couleur festive accentuée par les conditions du direct et nous donne l’impression d’être présent dans la salle.

La Symphonie n° 7 a été, quant à elle, enregistrée lors d’un concert à Buenos Aires. L’orchestre est enthousiasmant. Les dynamiques sont franches sans lourdeur, la dramaturgie parlante d’autant que les phrasés sont portés avec verve. Chaque volet est caractérisé avec un sens du détail sans pour autant négliger la grande ligne. Après un début solennel du Poco sostenuto, le deuxième thème, Vivace, introduit un climat d’allégresse mettant en lumière une homogénéité des cordes et des cuivres ainsi qu’une section des bois aux sonorités transparentes. Le sublime Allegretto brille dans toute son intemporalité et libère une vive émotion dénuée du moindre pathos. Un souffle porteur d’espérance parcourt chaque pupitre. Le Presto et sa pulsation presque dansée, apparaît pétillant de vivacité. Pas de surprises dans le Final joué à l’énergie et à la clarté architecturale de premier plan.

Ce disque particulièrement réussi est agréable à écouter grâce à sa prise de son qui nous place au cœur des instrumentistes avec les petites imperfections sonores propres à ce style d’enregistrement live.