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Lisa Batiashvili présente City Lights

Pour son nouvel enregistrement, la violoniste a élaboré un projet original. Autour du thème de la ville, City Lights est à ce jour son disque le plus personnel constitué d’œuvres éclectiques, à la croisée des styles et des époques.

Dès la première piste, on est plongé dans la nostalgie des musiques de films qui ont marqué l’histoire du cinéma. L’image liée au son est un leitmotiv dans ce disque. Tel un travelling, l’auditeur suit ce voyage musical à travers les lieux avec lesquels la violoniste a tissé un lien particulier, depuis sa Géorgie natale jusqu’à l’Allemagne où elle a passé la plus grande partie de sa vie. Une couleur musicale caractérise chaque ville et met en scène une dramaturgie, vécue ou imaginée, directement liée à l’histoire du lieu.

La violoniste collabore avec le pianiste et chef d’orchestre à l’origine ici de la plupart des arrangements. Autour d’eux, le et le mais aussi des invités qui évoluent dans d’autres registres, notamment le trompettiste de jazz Till Brönner ou encore la chanteuse Katie Melua, dont les harmonies poétiques se fondent avec naturel dans ce panel de pièces.

L’œuvre musicale de Chaplin et Morricone se retrouve au cœur du projet avec deux titres qui réunissent charme et élégance. Les arrangements de Rachveli ajoutent une nouvelle dimension, que ce soit dans l’agencement des thèmes, leur transition ou bien l’incorporation d’éléments propres au cinéma comme des bandes son d’époque, soit des voix parlées. Quelques secondes d’un bœuf de jazz, une ambiance chaleureuse de cabaret feutrée, viennent ainsi clore le titre Berlin. De plus, les diverses textures proposées font redécouvrir les œuvres écrites à l’origine pour d’autres instruments.

Le violon de n’a pas son pareil pour émouvoir l’auditeur et l’emmener loin dans l’imaginaire. Redoutable dans les parties virtuoses (Budapest, Vienna), elle aborde avec assurance chaque registre du jeu, caractérisé par une profonde sensibilité. Timbre velouté (Rome), rondeur des graves (New- York). L’intensité expressive est savamment dosée (Helsinki, Munich) sans sombrer dans la moindre facilité ni pathos excessif. L’âme géorgienne résonne dans Tbilissi aux lignes éthérées déchirantes, d’une beauté aussi fascinante que mystérieuse. On est touché par la dimension spirituelle et humaniste de ces pages signés Giya Kancheli. Buenos Aires et sa rythmique entêtante est d’une grande expressivité. La finesse d’écriture apporte au genre même du Tango un souffle nouveau. On est pris par ce corps à corps sensuel entre le violon et la guitare ainsi que ce dialogue vibrant entre chaque soliste.

Ancré dans son époque, ce disque magnifique possède tous les atouts pour séduire un large public et mérite largement une écoute attentive.