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Le triomphe de Jansons et de la Bavière dans la Symphonie n° 5 de Chostakovitch

Après la parution des Symphonies n° 6, 7 et 10, le label de l’orchestre bavarois poursuit l’édition du cycle Chostakovitch/ avec un égal bonheur.

Au milieu des années trente, la censure du régime soviétique se fit de plus en plus brutale, culminant en 1936 avec le fameux article de la Pravda intitulé « du chaos à la place de la musique » : dans ce texte anonyme, le dernier opéra de Chostakovitch, Lady Macbeth du District de Minsk, était condamné sans appel. Le compositeur se défendit “en musique” car la peur allait dorénavant faire partie de sa vie intime ; ainsi naquit la Symphonie n°5 en ré mineur. Trois mois suffirent en 1937 pour achever ce qu’il nomma « comme la réponse pratique d’un artiste soviétique à de justes critiques ». L’aveu devenu le stade suprême de l’autocritique, il allait reconquérir la confiance du pouvoir. Pour tous les artistes, leur vie dépendait de cette allégeance.

Le 21 novembre 1937, Evgueny Mravinsky créa la partition devenue depuis la plus célèbre des quinze symphonies de Chostakovitch. Deux gravures de la Symphonie n° 5 par ont paru chez Emi : la première captée avec le Philharmonique d’Oslo (1987) et la seconde, avec le Philharmonique de Vienne (1997). Notre préférence entre les deux va à la première, plus idiomatique que celle des viennois. Mais, aujourd’hui, s’impose la présente lecture.

Jansons et les pupitres du RSO de Bavière nous régalent. Techniquement, tout d’abord. L’aisance des cordes, la qualité des attaques, la concentration de tous les instants – en concert – laissent pantois. Musicalement, ensuite. La sûreté du jeu et la liberté des solistes fascinent. Leur façon de changer radicalement d’atmosphères, de varier les couleurs au sein même de leur pupitre, de laisser s’épanouir un thème sans rupture de tension et avec une dynamique considérable est remarquable. Tel solo de basson donne une impulsion dramatique immédiate dans laquelle l’orchestre s’engouffre avec avidité. Pas un excès, rien qui ne soit musicalement injustifié. Jansons fait évoluer les phrases entre climats inquiets et héroïsme de façade.

Cette puissance sans lourdeur se déploie dans l’Allegretto avec une inventivité permanente (flûte solo, premier violon, basson) chacun jouant la gamme d’une ironie grandiose. La pulsation rythmique des basses, sans cesse à l’affût, fait passer avec un charme inouï, l’orchestre du stade de l’immobilité à celui d’un élan irrépressible. Encore ancré dans le souvenir de la Pathétique de Tchaïkovski, le Largo demeure tout entier dirigé vers un immense crescendo, un choral tendu aux cordes. Jansons contient l’expression au maximum, jouant sur le double langage de l’écriture, le caractère janusien du compositeur. Enfin, le Finale s’éloigne des doutes qui affleuraient et Jansons force à peine le trait d’un triomphe justement mérité et qu’il prend le temps de faire rayonner. La vitalité du rythme tient alors autant de la fête populaire que de l’acte de contrition. La beauté cinglante et la souplesse de cet orchestre n’ont pas fini de nous faire rêver.

Passionnants Chostakovitch sous la baguette de Mariss Jansons

Mariss Jansons, l’excellence classique

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