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Les anges et les démons du Stuttgart Ballet

Puisque les théâtres en Allemagne sont eux-aussi fermés au public, le a proposé une diffusion en livestreaming de son nouveau triple programme, intitulé Angels and demons. L’occasion de revoir deux très grandes pièces de , Falling Angels et Petite Mort et de faire entrer au répertoire de la compagnie allemande le chef-d’œuvre de , Le jeune homme et la mort.

Ballet choral rebondissant sur le principe du canon posé par la musique de , Falling Angels a été créé en 1989 par . Très musicale, cette pièce est aussi espiègle et libre. Les percussions de Drumming I forment un carcan rigoureux dont les huit danseuses s’échappent à travers des solos ou duos, sans jamais perdre le fil du rythme implacable de la musique. Corps découpés et silhouettes ciselées s’insèrent dans les sculptures de lumière conçues par le chorégraphe.

Chaque interprète est unique, assumant son individualité, mais les huit danseuses forment un tout, corps cohérent en maillot noir sur fond noir. La chorégraphie est intense, ramassée, sans nier une influence africaine qui la lie à la musique et à l’instrumentation. Dans ce travail géométrique et structuré, il y a une certaine filiation avec ce que propose depuis plusieurs années . En 1989, le chorégraphe français commençait tout juste sa carrière !

Créé deux ans plus tard, en 1991, Petite Mort est un ballet qui conjugue lui aussi rigueur et pureté. Sur l’adagio et l’andante des concertos pour piano n°21 et n°23, six couples, hommes dotés d’un fleuret, femmes en bustier-corset de couleur chair, puis derrière des robes à panier, s’exercent aux jeux de l’amour et du hasard. Cette œuvre est l’un des ballets les plus célèbres de Jiří Kylián, le chorégraphe tchèque qui commença sa carrière à Stuttgart avant de rejoindre le où il n’a jamais cessé de créer. Ce ballet est remarquable à la fois par sa simplicité, la beauté des ses duos et ensembles et sa très grande musicalité. Il répondait à une commande du Festival de Salzbourg pour le bicentenaire de la mort de Mozart. Les danseurs du , qui le dansent pour la première fois sur scène, y excellent.


Contrepoint étonnant aux deux pièces très abstraites de Jiří Kylián, Le Jeune homme et la Mort est un mimodrame narratif et expressionniste conçu par et en 1946, après le suicide d’un ami de Cocteau. et Nathalie Philippart furent les premiers interprètes de cette pièce créée à Paris, au Théâtre des Champs-Elysées. Il a été repris à maintes reprises par le Ballet de l’Opéra de Paris, par les plus grands interprètes de la compagnie française.

C’est la première fois que la compagnie allemande inscrit à son répertoire un ballet de Roland Petit. Le décor est reproduit à la perfection, et les gros plans de la captation en livestream permettent d’en apprécier tous les détails, comme les reproductions des tableaux de Cocteau ou les murs lépreux. En revanche, cette proximité dessert les costumes, un tantinet trop souples par rapport à la version originale de 1946.

Du côté des interprètes, la juvénilité de ne donne pas encore toute la profondeur requise au personnage du Jeune homme. Sa partenaire, est vénéneuse à souhait lorsqu’elle met tout en œuvre pour attirer le jeune homme vers son destin tragique. Le majestueux tableau final, alors que les murs se soulèvent pour révéler le décor des toutes de Paris, forme un point d’orgue à cette histoire poignante qui narre le désespoir intemporel d’un jeune artiste maudit.

Crédits photographiques : © Roman Novitzky

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