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Myung-Whun Chung et le Philhar : retrouvailles autour de Prokofiev

Après avoir accompagné la pianiste dans le Concerto pour piano n° 3 de Prokofiev, l’ livre une interprétation de Roméo et Juliette sous la baguette de son ancien directeur musical .

ouvre ce concert par le célèbre Concerto n° 3 achevé en 1921 dont elle a laissé une gravure inoubliable avec Claudio Abbado. Une partition qu’on a pu comparer à « la perfection expressive d’un primitif » mêlant, dans un équilibre assez précaire, un lyrisme mesuré et une virtuosité stupéfiante (excessive ?). Le climat vivifiant de cette joute serrée entre orchestre et soliste exalte la joie des retrouvailles avec le chef qui y déploie un phrasé d’une rigueur rythmique irréprochable, parfaitement articulé, fortement contrasté, sollicitant tous les pupitres (cordes, flûte de , nouvelle titulaire du poste de flûte solo, clarinette et trompette) tandis que la pianiste, en totale symbiose avec l’orchestre s’engouffre avec hardiesse et dextérité dans ce torrent de notes alternant virtuosité percussive et délicate méditation. Une interprétation marquée d’une évidente complicité entre soliste et chef et d’une virtuosité pianistique peut être excessive…qui trouvera son aboutissement dans un époustouflant troisième mouvement, remarquable par son climat un peu fantomatique entretenu par les cordes, d’où émergent les notes égrenées du piano et les stridences des bois, avant que le trait ne se durcisse, que le tempo ne s’accélère dans une cavalcade finale, envoûtante, imprégnée d’urgence, concluant une lecture d’où se dégage, en définitive, plus de pianisme que d’émotion.

À la virtuosité pianistique succède bientôt la virtuosité orchestrale des Suites n° 1 et n° 2 de Roméo et Juliette, dans un florilège d’extraits réunis pour un exercice d’orchestre et de direction. La gestique souple et précise de Chung pousse un Philhar chauffé à blanc dans ses ultimes limites, faisant superbement sonner tous les pupitres (cordes tranchantes ou lyriques, petite harmonie rutilante, cuivres rageurs, percussions véhémentes) pour donner forme à une interprétation très colorée et narrative alternant tension et détente : depuis les arrogants Montaigus et Capulets, la délicieuse et sautillante Juliette enfant, les énigmatiques Masques, la poétique et voluptueuse scène du balcon de Roméo et Juliette, la très expressive et violente Mort de Tybalt, la paisible et consolatrice scène de Frère Laurent, la gracieuse et sensuelle Danse des jeunes filles des Antilles, le lamento sur la Tombe de Juliette, auquel succède, en guise d’adieu, la pathétique Mort de Juliette, s’achevant dans un souffle… une interprétation où le chef n’omet aucun détail d’une orchestration riche d’inventivité, scellant ainsi de magnifiques retrouvailles avec une phalange parisienne au mieux de sa forme.

Crédit photographique : © Jean-François Leclercq

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