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Joie de Poulenc, tristesse de Tchaïkovski avec l’ONL et Patricia Kopatchinskaja

Avec pour la première fois à Lille , l’ et son directeur musical interprètent, pour le diffuser sur Internet, le Concerto pour violon de Tchaïkovski, puis la Sinfonietta de Poulenc.


Tandis que d’autres formations choisissent de mettre en ligne leurs concerts directement sur leurs sites Internet et parfois de les rendre payants, l’ privilégie la gratuité et l’accessibilité avec une diffusion en direct sur sa chaîne Youtube. La vidéo, disponible sans limite de temps, débute alors que les artistes sont déjà en scène en train de s’accorder, bien seuls dans leur bel auditorium sans public.

Pour ce concert, ils ont invité la violoniste , détentrice d’un magnifique Guarneri del Gesù de 1741, pour interpréter le Concerto pour violon opus 35 de . L’orchestre prêt, son directeur musical introduit l’ouvrage avec un traitement élégant de la matière orchestrale, à commencer par les timbres rauques des violoncelles. Puis la soliste, étonnamment tournée vers l’orchestre, commence son premier solo avec un jeu qu’on avoue ne pas comprendre, fait de lignes cassées, régulièrement accrocheur, quand il ne tombe pas dans la faute incroyable (4’05’’). L’instrument ne semble pas facile à manier, mais le fait qu’un crin de l’archet casse dès les premières mesures – ce ne sera pas le seul – n’est pas à décorréler de la technique de Kopatchinskaja, ensuite extrêmement brouillonne dans l’accelerando (6’20’’). Elle s’y montre encore plus maniérée que dans son enregistrement de l’œuvre avec Teodor Currentzis (Sony), et surtout visiblement nettement moins bien préparée.

L’orchestre seul reprend du souffle et laisse exprimer ses coloris, avant que ne revienne une soliste dont le diapason de l’instrument se montre définitivement peu en accord avec celui de l’ensemble lillois, à nouveau plus exalté dès qu’elle s’éteint. Alexandre Bloch coordonne ses musiciens avec un style volontairement marqué à la mesure ; puis laisse la violoniste seule dans une cadence particulièrement éprouvante. Nous sommes bien loin de nos souvenirs de rentrée, où l’on entendait en live pour deux soirs d’affilé les incroyables Gil Shaham (avec Paavo Järvi et l’Orchestre de Paris) puis Daniel Lozakovich (avec Fabien Gabel et le National) dans le même chef-d’œuvre. Un mouvement lent tout aussi mal interprété et encore plus narcissique et un Allegro vivacissimo, qu’on aurait pour l’occasion voulu molto prestissimo, permettent uniquement de profiter des superbes bois de Lille, en particulier dans les duos avec la flûte puis la clarinette (23’), bien qu’eux-mêmes finissent par chercher l’effet, au risque de faire sourire la première hautboïste (31’55). Un bis de clusters, enregistré auparavant et ne permettant plus de déceler les fausses notes, ainsi qu’une pièce de prévue comme hommage à Tchaïkovski, clôt la partie de la soliste pour nous laisser enfin seuls avec l’orchestre.

La formation si longtemps dirigée par un grand défenseur du répertoire français, Jean-Claude Casadesus, peut alors entrer sereinement dans la Sinfonietta de Poulenc, où l’on retrouve justesse et volupté, pour une partition qui alterne à loisir instants pensifs et moments de brillance. Bloch pourrait insuffler plus de dynamique au Molto vivace, puis traiter plus le terme de cantabile dans le mouvement suivant, mais au moins profite-t-on de la limpidité du jeu des musiciens, des amples phrases des violons à une petite harmonie impeccable. Titré La « Joie de Poulenc », ce programme ne pouvait donner du bonheur qu’avec l’œuvre de ce compositeur, et sans la soliste.

Crédits photographiques : arrêts sur image vidéo Youtube/ONL ; ResMusica/ONL

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