- ResMusica - https://www.resmusica.com -

Premier disque du luthiste Diego Salamanca

Formé dans sa ville natale de Bogota, puis au CNSM de Lyon, le guitariste devenu luthiste, , propose un premier disque sincère autour de , grand nom du luth baroque.

Passionné de photographie, quoi de plus naturel pour le luthiste que de se charger lui-même de la pochette de son premier enregistrement, un détail de l’immense fresque de Sol LeWitt, Wall Drawing, qui trône dans la grande salle du rez-de-chaussée du Donjon de Vez où le musicien a effectué cet enregistrement dans des « conditions acoustiques uniques particulièrement bien adaptées au luth » selon lui. A l’écoute, la prise de son est effectivement d’une grande précision pour magnifier le son délicat de l’instrument à cordes et de l’expression profonde du maître baroque, S.L. Weiss, qui inspire la nouvelle génération de luthistes, ayant également choisi ce compositeur pour son entrée dans l’industrie du disque.

Rien d’ étonnant au regard de l’apport de Silvius Leopold Weiss (1687-1750) autant dans le répertoire du luth que dans la lutherie de cet instrument. En effet, pas moins de six cents pièces de son catalogue, majoritairement des sonates et des suites, sont consacrées à son instrument de prédilection, essentiellement conservées dans deux grands manuscrits, celui de Londres et celui de Dresde. N’ayant écrit que pour le luth baroque, son écriture se caractérise notamment par l’économie des gestes de la main gauche grâce à un doigt pivot permettant l’association de notes sur différents chœurs autour d’une même position ; grand improvisateur, son jeu legato et son style cantabile construiront aussi sa célébrité. Mais a également fait évoluer l’instrument en le faisant passer à treize chœurs, soit un chœur grave supplémentaire, et en allongeant le manche pour gagner en puissance et en résonance.

Le discours de l’interprète dans la notice de ce disque est attachant. Diego Salamanca y explique que son premier opus est consacré à un pilier de son parcours en tant que musicien avec l’Ouverture en si bémol majeur présente dans les deux manuscrits, la Sonate en sol mineur du manuscrit de Dresde, la très belle Fantaisie en do mineur et enfin la Sonate en sol majeur du manuscrit de Londres. Le musicien explicite ses choix : l’absence d’un prélude pour la Sonate en sol mineur SC51 « remplacé » par celui de la Sonate en sol mineur SC25 ainsi que l’intégration de la Sarabande de la Sonate en si bémol. De ses choix structurels, ressort surtout une rhétorique peu démonstrative du luthiste, parfaitement en phase avec la confidence intime du langage de Weiss. Diego Salamanca restitue les lignes par une agréable limpidité et un souci de la polyphonie toujours précis. La clarté du jeu et la transparence du discours de l’interprète donnent toute son ampleur à la profondeur d’expression de cette musique, signant avec succès cette première proposition discographique.

(Visited 571 times, 1 visits today)