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Raphaël Cendo, maître de la démesure

D’Action Painting à l’écriture plus mature de Graphein et du Concerto pour piano, ce sont dix années d’engagement au sein du mouvement de la saturation dont rend compte ce nouvel album monographique de qui mobilise les forces de l’ conduit par son chef .

Dans Corps (2015), concerto pour piano et pièce maîtresse du CD, l’écriture procède par gestes et unités morphologiques qui s’entrechoquent et font éclater l’espace : saturation formelle, nous dit Cendo, dans une partition où le piano est conducteur. L’écriture virtuose de l’ensemble instrumental relève d’une pensée de l’électronique visant l’ambiguïté des sources, la torsion des matériaux et la trace du son dans l’espace. Resserrements et étirements du temps, avec de longues tenues où l’énergie retombe et la matière se fige, ménagent de forts contrastes et génèrent une dramaturgie voire une théâtralité du geste. Des voix fantomatiques – celles des instrumentistes – hantent des espaces plus silencieux et recueillis – in memoriam Luis Rizo-Salom – quand le pianiste – acrobatique – sonde les potentialités résonnantes et bruiteuses des cordes du piano. Cendo lui ménage une courte cadence aux figures spectaculaires, là où elle est habituellement attendue dans le concerto classique et juste avant l’assaut final. Fragmentation, virtuosité du « montage », vitalité des couleurs et énergie du son : bien des aspects rapprochent Corps de Graphein (Graphie), une pièce pour ensemble (avec harpe et piano) qui précède d’une année le concerto pour piano. Le trait et les techniques de jeu sont affutés pour donner aux couleurs instrumentales – souvent hybridées par la voix – une acuité et un relief encore inédits. Cendo tisse un réseau de sonorités fragmentées dont la plasticité du geste et l’élan jubilatoire habitent le jeu des Linea.

Œuvre manifeste, selon , s’agissant d’Action painting (2005), un titre à la Jackson Pollock qui revendique la violence et l’obstination du geste à travers une forme de répétition et un esprit rock (importance de la batterie) dont le compositeur s’est délesté aujourd’hui : saturation à vif (« total saturé ») et forge hurlante des instruments génèrent une matière compacte et une manière sauvage (la voix qui s’entend dans le tuyau instrumental), autant qu’excessive (le coup de pistolet final), d’exprimer une rage. La trêve au mitan de l’œuvre accusant les contrastes et l’effet de zoom sur les sons complexes et leurs micro-variations n’en préfigurent pas moins les étapes à venir, celle de l’ « infra-saturation » notamment qui s’entend dans Graphein. à la tête de ses musiciens en livre une lecture sans concession, roborative et percutante, qui ne laisse pas indifférent.

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