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Lecture symphonique du Tabarro de Puccini

À la tête de la Philharmonie de Dresde, révèle les splendeurs orchestrales d’un ouvrage finalement assez peu connu. De vaillants et valeureux chanteurs contribuent à la réussite de l’ensemble.

Il tabarro n’est pas le plus connu ou le mieux aimé des opéras de Puccini. On le considère souvent comme le moins réussi des trois volets du Trittico, dont il constitue, avant les extases mystiques de Suor Angelica et la désopilante comédie de Gianni Schicchi, une sombre et mélodramatique entrée en matière. Il est vrai que le crime passionnel que montre cette histoire de jalousie n’est pas forcément des plus palpitants. Le présent enregistrement est issu d’un concert donné en mars 2019 au Kulturpalast de Dresde, au cours duquel avait également été interprété Cavalleria Rusticana de Mascagni, autre ouvrage passionnel finissant de manière lui aussi tragique. L’enregistrement issu de ce concert a déjà fait l’objet d’une publication.

Doté d’une discographie moins riche que Cavalleria Rusticana, Il tabarro n’en a pas moins attiré les grands noms de l’opéra italien. Les chanteurs réunis ici n’égaleront pas les Tebaldi, Price, Freni, Scotto, Domingo, Del Monaco ou Gobbi d’autrefois, même s’ils disposent de voix solides et bien placées, qui leur permettent de proposer de leur rôle une interprétation plus que convaincante. , qui est déjà une Minnie, a certainement les moyens d’une future Turandot, et la soprano américaine se rit des difficultés de son rôle. Elle campe une Giorgetta sensuelle et visiblement amoureuse, face à un qui a certes une voix puissante et héroïque, mais qui semble dépourvu de l’italianisme et le sex-appeal de certains de ses prédécesseurs. Le baryton , en revanche, trouve des accents émouvants dans son rôle de mari humilié et bafoué, hélas assoiffé de vengeance. Les rôles anecdotiques de Tinca, Talpa et Frugola sont impeccablement tenus, et les trois chanteurs contribuent à créer cet unique microcosme des bords de Seine que dépeint l’orchestration de Puccini.

L’intérêt majeur de cet enregistrement tient en effet en la lecture précise et analytique que fait de la partition, à la tête d’un des plus beaux orchestres d’Europe. On aura entendu avec Gardelli, Maazel ou Pappano des lectures plus dramatiques et plus passionnelles, notamment pour le duo d’amour et le double meurtre final, mais rarement le climat d’introduction n’aura été installé avec autant de délicatesse. L’évocation des berges de la Seine, qui ferait presque penser à un poème symphonique de Strauss, le tapis sonore que Janowski parvient à tirer de sa phalange plantent un décor musico-scénique de toute beauté. Ne serait-ce que pour la magie de ce premier quart d’heure, il conviendrait de faire l’acquisition de ce bel album qui permet de redécouvrir Puccini comme on l’a rarement entendu.

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