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Couleurs crépusculaires avec Matthias Goerne et Seong-Jin Cho

De Wagner à , cet album marque quelque peu le crépuscule du lied allemand. Superbe interprétation de deux musiciens qui se complètent idéalement.

Enregistré lors des mêmes séances que l’album Beethoven paru il y a quelques mois, ce nouveau CD de semblerait marquer, par ses couleurs crépusculaires, une sorte de fin de parcours du genre du lied pour chant et piano. Si Wagner, né quand Beethoven et Schubert étaient dans la force de l’âge, incarne à lui seul l’apogée du post-romantisme allemand, Pfitzner et Strauss, qui lui sont pourtant intimement liés, sont morts tous deux quand Boulez, Messiaen et Stockhausen étaient à leurs premiers balbutiements musicaux. De Wagner à Strauss, on se félicitera de l’intelligence et de la cohérence de ce programme, qui pourtant, comme le montre par exemple la présence de rares morceaux de Pfitzner, ne manque pas d’audaces. Avions-nous déjà entendu le dernier des Quatre derniers Lieder interprété par une voix d’homme et plus rarement les Wesendonck-Lieder ? Et par un baryton de surcroit ? Le fameux « Im Abendrot » de Strauss, qui donne son titre à l’album, fait écho à la mise en musique par Pfitzner d’un autre « Abendrot » écrit cette fois-ci par le poète Friedrich Lienhard.

Ce programme onirique aux colorations presque nocturnes (« Träume », « Nachts », « Traum durch die Dämmerung »), que marquent la mélancolie et la nostalgie (« Sehnsucht », « Stimme der Sehnsucht »), est défendu de façon idéale par et . Les couleurs désormais automnales du baryton allemand sont portées par un legato au touché de velours, qui fait particulièrement merveille dans les Strauss où l’on a l’habitude d’entendre les éclats dorés des grands sopranos qui s’y sont illustrés. Des Wagner, on croirait presque qu’ils ont été conçus pour la voix de baryton. Pfitzner semble plus uniforme, mais on retiendra le beau recueillement de « Nachts » et « An die Mark », qui à eux seuls justifieraient la découverte de cet album. Le pianiste , vainqueur du Concours international Chopin de Varsovie en 2015 et promis à une grande carrière de soliste, sait faire preuve de la plus subtile discrétion par ses doigtés feutrés et mesurés. Du très grand lied, porté par deux interprètes véritablement inspirés, pour un superbe CD dont les soixante-trois minutes s’écoutent dans la plus agréable continuité.

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