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Barbara Hannigan chante et dirige à la Philharmonie de Paris

Dans un programme très festif, appariant Stravinski, Offenbach et autour du thème de la danse, , redonne vie et allégresse à la Philharmonie de Paris après le long endormissement que l’on sait.

Personnalité aussi atypique qu’attachante, la soprano canadienne partage actuellement son temps entre le chant et la direction d’orchestre, une prouesse renouvelée ce soir dans un répertoire grand public conçu pour le simple plaisir de faire et d’entendre de la musique…comme une merveilleuse renaissance après ces longs mois de silence.

Le ballet Pulchinella d’Igor Stravinski, répondant à une commande des Ballets russes (1920) ouvre la soirée. Une œuvre qui marque l’attachement du compositeur russe à la Commedia d’el Arte et son retour au néo clacissisme. Elle se caractérise par une simplification de l’écriture qui « fait immédiatement mouche » faisant appel à une orchestration luxuriante sur une décalque de partitions plus anciennes (Pergolèse, Gallo, Chelleri, Monza et Parisotti), réorganisée selon le modèle du concerto grosso opposant concertino et ripieno, comme autant d’occasions de faire valoir les performances solistiques individuelles (Olivier Doise au hautbois, Magali Mosnier à la flûte, Antoine Dreyfus au cor, Julien Hardy au basson) et collectives d’un Philhar particulièrement motivé. Outre les ondulations rythmiques langoureuses de qu’il serait bien inconvenant de signaler ici, on admire, dès les premières notes, la précision, la lisibilité et l’intelligence de sa direction d’orchestre : clarté des plans sonores, équilibre, richesse en nuances, souplesse des phrasés, maintenant en permanence l’intérêt du discours. D’un point de vue plus analytique, on apprécie le cantabile rayonnant de la sonate en trio d’Ouverture conduite par Hélène Collerette au violon et Nadine Pierre au violoncelle ; la dynamique quasi motoriste et la totale adhésion de l’orchestre dans la Tarentelle de l’acte III ; le lyrisme ténu des cordes dans la Suite pour cordes ; la superbe sonorité et l’engagement des pupitres de contrebasses et de violoncelles et la bouffonnerie des glissandi de cuivres. Au plan vocal, la mezzo , le ténor et la basse participent également de la fête en s’insinuant tout naturellement dans les parties chantées.

La deuxième partie de concert célèbre avec la Gaité parisienne (1938) de , commandée par les ballets de Monte Carlo : sorte de pot-pourri regroupant dans une suite orchestrale différents fragments d’œuvres d’Offenbach se prêtant à la danse. Si la Vie parisienne en constitue la trame, s’y greffent également des extrais d’Orphée aux enfers, de La Belle Hélène, de La Périchole et d’autres partitions moins connues comme le Voyage dans la lune, Mesdames de la Halle etc…Peu importe l’unité (d’ailleurs conservée !) Tout ici est prétexte à la fête : il suffit de fermer les yeux pour que la grande Salle Pierre Boulez ne se transforme le temps de quelques minutes en Muzikverein à Vienne un jour de Nouvel-An. Se succèdent alors avec un incommensurable bonheur tous les « tubes » offenbachiens alliant humour, charme, rythmes effrénés et mélodies superbes, dont on retiendra une belle Barcarolle (des Contes d’Hoffmann) joliment chantée en duo par Barbara Hannigan et et un irrésistible Cancan à faire tourner contrebasses et violoncelles !

La touche d’émotion nécessaire est apportée en fin de programme par la sublime interprétation de Youkali sur un rythme de tango-habanera bien marqué par les vents. Une partition composée par pour la pièce Marie-Galante de Jacques Deval, interprétée avec une sensualité déroutante par la soprano : un hymne à l’espérance et un chant de résistance qui prend, en nos temps troublés, un relief saisissant. En « bis » Lost in the stars du même Kurt Weill apporte une touche de rêve au concert.

Crédit photographique : Barbara Hannigan © Musacchio and Iannielos

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