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Semele de John Eccles selon Academy of Ancient Music

L’, sous la houlette de , propose un double disque dévolu à Semele, un opéra de tombé dans l’oubli.

a dominé la production de musique pour le théâtre à Londres dans la décennie qui a suivi la mort de Henry Purcell en 1695. À une époque de bouleversements dans l’organisation des établissements culturels de la capitale anglaise et de concurrence entre dramaturges, acteurs et musiciens, le statut d’Eccles était l’une des rares constantes. Même avant le départ de Purcell de la scène, les compositions d’Eccles rivalisaient avec celles de son prédécesseur plus célèbre, du moins en termes de popularité auprès du public londonien.

Semele est une page écrite vers 1706 sur un livret de William Congreve s’inspirant du mythe tiré des Métamorphoses d’Ovide, faisant en quelque sorte partie de la tradition de l’« opéra anglais » qui avait commencé avec Venus and Adonis de Blow (vers 1683). Cependant, en raison de circonstances défavorables, de goûts inconstants et de modes éphémères à l’époque, Semele n’a pas eu la chance d’être créé avant le milieu du XXe siècle. En effet, l’opera seria italien entièrement chanté, fermement établi à Londres du vivant d’Eccles, a dominé la scène locale après 1710, condamnant l’œuvre d’Eccles à l’oubli. Quasiment quatre décennies plus tard, Georg Friedrich Haendel reprendra le texte de William Congreve, mais sous une forme modifiée, pour élaborer un oratorio profane Semele. Par ailleurs, le même mythe inspire à Marin Marais un opéra Sémélé de 1709, basé sur un livret différent.

En trois actes et deux heures, la composition d’Eccles offre un arrangement de plages habilement tissé (dont l’ouverture empruntée au Rinaldo and Armida du même auteur), optant pour des pièces lyriques plutôt que dramatiques ou virtuoses à l’italienne. Si Eccles ne manque pas de veine mélodique, il n’a pas l’imagination de son aîné Henry Purcell.

Pour l’interprétation, l’ confirme être l’une des meilleures phalanges « historiquement informées ». La baguette de témoigne d’un sens raffiné du tempo et de nuances dynamiques. Grâce à une remarquable transparence des textures, une légère souplesse agogique et la finesse des attaques dans les cordes, le mouvement se pare d’une éloquence à la fois passionnée et poétique, mettant en valeur les rythmes et la beauté des lignes. Pour les airs, l’accompagnement se montre parfaitement adapté à la respiration des solistes, favorisant théâtralité et cohérence narrative.

Cette distribution, assurée par les membres de la Cambridge Handel Opera Company, s’avère pratiquement sans faille. Cantonnons notre analyse aux personnages les plus importants de cette histoire assez complexe, où la psychologie reste en arrière-plan. Saluons en premier lieu dans le rôle-titre et en Ino, toutes les deux dotées de sopranos plutôt larges et corsés, charnus et dramatiques, chaleureux et ambrés.

Le baryton en Jupiter envoûte par la profondeur et la puissance, qui n’exclut pas la douceur. 

en Juno possède un mezzo-soprano sombre et d’une intensité de fauve, pour lequel on aurait souhaité percevoir un peu plus d’ampleur dans les graves.

Le ténor en Athamas, vainqueur du London Handel Singing Competition en 2016, subjugue par un timbre brillant et satiné, révélant autant de ferveur que de noblesse.

en Iris séduit à son tour par un soprano subtile et léger, plein de charme et d’émotion, affirmant une déclamation discrètement rhétorique.

Enfin, la basse en prêtre en chef impressionne par la grandeur d’une voix crémeuse et imposante.

Le double disque, proposé dans un fourreau robuste et élégant, bénéficie d’une édition extrêmement soignée, mettant à notre disposition un livret épais de deux cents pages, bourré de textes instructifs (y compris les paroles des airs chantés) et de photos. Un album particulièrement intéressant pour les amoureux de l’opéra baroque.

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