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Robyn Orlin et Camille ouvrent la Biennale de la danse et les Nuits de Fourvière

Pour l’ouverture commune du festival des Nuits de Fourvière et de la Biennale de la danse à Lyon, Dominique Hervieu et Dominique Delorme ont eu la belle intuition d’accueillir …alarm clocks… de , un spectacle sur l’eau sans eau, dédié à l’artiste .

chante a capella et danse sur scène sans vraiment danser, mais en chantant de sa voix unique entrecoupée de dialogues qui semblent comme improvisés dans une mare de vêtements en synthétique colorés. S’en suit une heure de ravissement pas vraiment sous les étoiles car il ne fait pas nuit, confinement oblige, durant laquelle Camille se change en canard – elle chante les Canards sauvages de l’album Music Hole ou Jolie Bruine parue sur Le Fil en 2005, revêt la mare de vêtements cousus entre eux, dont un vieil anorak de Robyn, simule une inondation ou joue les comiques en montrant ses restes de danse classique, grand jeté, pas de bourrée, etc.

, la chorégraphe sud-africaine expérimentatrice, a conçu sur mesure pour la chanteuse française un spectacle sans eau où l’eau est à mimer et quasi sans chorégraphie. Le chœur sud-africain n’a pas pu se déplacer à cause de la pandémie mais Robyn Orlin est allée les filmer à Johannesburg. Ce sont eux que l’on voit chanter a capella aussi au début du spectacle pour invoquer Camille (« Come Camille, come » ) et remercier Robyn. Ils ferment la marche aussi. Le chœur lui manque, à nous aussi d’ailleurs, mais elle occupe toute la scène du Grand théâtre à sa manière assez pure, brute et délurée, de telle façon qu’on en oublie bien vite qu’elle y est seule. La vidéo d’elle projetée en fond nous permet de la voir sous toutes les coutures et en gros plan dans sa petite robe fourreau noire pailletée ou dans ses vêtements de pacotille qu’elle enfile comme un immense costume de scène, une robe sans fin bariolée de princesse déjantée. Allongée dans cette mare d’habits, on la voit en plongée chanter allongée ou, multipliée, s’agenouiller.

« …alarm clocks are replaced by floods and we awake with our unwashedeyes in our hands…a piece about water without water » veut dire « les réveils sont remplacés par des flots et nous nous éveillons avec nos yeux embrumés dans nos mains… un spectacle sur l’eau sans eau ». Ce lac de plastiques, fait de poly ceci ou cela nous rappelle l’urgence de sauver l’eau de notre planète de ces marées de déchets, de nous purifier un peu et surtout d’écarquiller les yeux en hommage au spectacle vivant de retour, émerveillés. Camille chante aussi la Piscine de son dernier album OUÏ, évidemment. On pense à cette phrase d’un chroniqueur du XVᵉ siècle : « Venise est sur l’eau, mais n’a pas d’eau ». Lyon devient vénitienne en cette double ouverture majestueuse qui nous rappelle qu’on est fait d’eau principalement et de désir de voir et entendre ensemble de belles choses, sur les marches du Grand théâtre de Fourvière en l’occurrence, un concert-performance très réussi.

Crédits photographiques : © La Bâtie-Festival de Genève – Mehdi Benkler

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