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Valery Gergiev : fin d’intégrale des symphonies de Bruckner à Saint-Florian

En quelques concerts donnés dans l’abbaye baroque de Saint-Florian où fit son apprentissage, toucha l’orgue et est enterré, a donné les neuf symphonies du compositeur dans des interprétations qui, portées par l’esprit du lieu, se révèlent d’une haute tenue spirituelle et d’une remarquable affinité avec les œuvres.

Dans la course à la commémoration de l’année 2024 qui marquera le bicentenaire de la naissance d’, a pris l’avantage sur Andris Nelsons à Leipzig et Christian Thielemann à Vienne en bouclant dès 2019 son intégrale des neuf symphonies à Saint-Florian.

Si les premiers volets de son cycle avaient pu décevoir, en particulier dans les deux premières symphonies un peu « expédiées », il avait impressionné dans les deux dernières, montrant une affinité avec les vastes adagios qu’on n’imaginait pas a priori. Cette livraison des quatre symphonies médianes vient conforter notre impression. Sa Romantique enregistrée en 2017 s’impose nettement devant une première captation réalisée deux ans avant à la philharmonie de Gasteig, qui décevait par ses imprécisions. Cette fois, porté sans doute par la solennité du lieu, Gergiev construit superbement la symphonie sans chercher à concurrencer la démesure de son prédécesseur Celibidache, sans doute hors-norme pour l’éternité.

Quant aux trois symphonies suivantes gravées en quatre jours en 2019 (un exploit bien dans le genre du chef), elles forment la partie la plus réussie de cette intégrale. La Symphonie n° 5 une superbe réussite, naturellement grandiose mais sans extériorité artificielle (Gergiev ne redouble pas les cuivres dans la péroraison) et recentre l’œuvre sur son chaleureux adagio plus que sur les monumentaux chorals de cuivre des mouvements extérieurs.

La Symphonie n° 6 témoigne du bel équilibre trouvé par Gergiev dans ce répertoire, notamment dans le très intérieur adagio.

Mais c’est surtout la Symphonie n° 7, inspirée et bouleversante qui s’avère le point culminant du coffret, pour son sublime et célèbre adagio, « sehr feierlich und sehr langsam« , réellement très émouvant.

 

On a souvent reproché à Valery Gergiev une certaine superficialité, une absence de fini instrumental dû à son côté touche-à-tout de génie, pour ne pas saluer une telle réussite à laquelle il serait injuste de ne pas associer l’orchestre dont la fibre brucknérienne remonte au moins à l’entre deux guerres lorsque Hausegger et Kabasta le dirigeaient avant que Celibidache n’en fasse LA phalange brucknérienne par excellence. Sans doute aussi le cadre grandiose de l’abbaye de Saint-Florian, la présence des mânes du compositeur, enterré sous le grand orgue dont il jouait, ont-ils contribué à cet ensemble devant lequel on s’incline. Une version DVD dans un coffret luxueusement présenté est parue en parallèle.

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