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L’art de la transcription symphonique à l’orgue selon le duo Vernet-Meckler

Pour ce nouveau CD, le duo Vernet-Meckler nous parle de « l’esprit symphonique français ». Nous voilà en condition pour recevoir, comprendre et apprécier un programme qui exalte la transcription à l’orgue, au point de nous en faire presque oublier le principe.

La démarche de cet album est nouvelle, abordant la transcription à l’orgue sous un autre angle. En effet, cet instrument aux voix multiples est l’ambassadeur idéal pour traduire à lui seul ce qu’un orchestre symphonique et ses nombreux musiciens sont capables d’offrir. Souvent, des transcriptions pour le clavier furent écrites, parfois par les compositeurs eux-mêmes, pour des pianistes à deux ou quatre mains sur un même instrument ou à deux pianos. Ces transpositions sacrifient souvent certaines parties orchestrales qu’il serait impossible d’intégrer à l’ensemble… On assiste donc à une simplification et parfois à un appauvrissement du discours musical. De plus, passer ainsi du piano à l’orgue affecte au pédalier toute la partie de basse, ce qui n’est pas toujours la solution idéale. Ce qui nous est proposé ici est un retour à la source musicale initiale. Joué en duo, l’orgue offre ainsi 4 mains et 4 pieds qui permettent de respecter d’avantage une partition sans en ôter la moindre note.

Le programme regroupant de grands compositeurs organistes, ou non, permet d’apprécier l’esprit symphonique français dans sa diversité la plus éclatée. La première pièce, L’Apprenti sorcier de , est un poème symphonique inspiré d’une Ballade de Goethe. Familier à toutes les oreilles suite à son emploi dans Fantasia de Disney, on retrouve tous les climats, les couleurs orchestrales rendues ici avec beaucoup de fidélité sur l’orgue néo-symphonique de Monaco. La Symphonie en si mineur de est une œuvre de jeunesse que le compositeur a livré pour piano à 4 mains : ici point de passage par l’orchestre, l’orgue restituant directement le texte musical. Pour , il s’agit bien d’une Symphonie op. 16 écrite pour orchestre et présentée conjointement par l’auteur pour piano à 4 mains, faisant partie d’un ensemble de trois symphonies, différentes des dix autres écrites directement pour l’orgue. L’Andante proposé renoue avec les belles ambiances connues chez cet auteur qu’il savait développer sur les fonds moelleux de Cavaillé-Coll. Une autre œuvre fort peu connue est la Symphonie op. 24 de Louis Vierne écrite elle aussi spécialement pour orchestre avec un autographe pour piano à 4 mains. Son Scherzo permet immédiatement de reconnaître le style de ce compositeur qui dans ces mouvements là savait être à la fois virtuose, humoristique et fantasque. On perçoit quelques accents très proches du Scherzo de la Symphonie n° 6 op. 59.

fut organiste toute sa vie, en particulier à l’orgue de la Madeleine à Paris et devint célèbre par rapport à cet instrument grâce à sa Symphonie n° 3 op. 78 pour orgue et orchestre, œuvre encore très jouée de nos jours pour cette formation assez unique. Immense pianiste, l’auteur se prêta aussi à la transcription pour deux pianos. Le Poco adagio est le deuxième mouvement de la symphonie, moment où apparaît l’orgue de manière assez mystérieuse. Ici les deux entités sont rassemblées en une seule et grande pièce lyrique d’une grande intériorité. La Danse macabre op. 40 contraste bien sûr par son côté burlesque et caricatural malgré un sujet qui se voudrait tragique. Une nouvelle fois les couleurs très diversifiées de l’orgue Thomas de la cathédrale de Monaco apportent un intérêt réel à cette transcription. Le programme s’achève avec le célèbre Boléro de . Déjà enregistré il y a une dizaine d’années par les mêmes interprètes à Dudelange (Luxembourg) et à partir de la partition de Ravel pour piano à 4 mains, cette nouvelle version se base directement sur la partition orchestrale, pour une plus grande fidélité au texte original. Cette pièce est sans doute la plus impressionnante de tout ce programme. Ce lancinant et interminable crescendo passant tour à tour tous les instruments de l’orchestre, ici retrouvés à l’orgue, est impressionnant par l’impact marquant qu’il opère sur l’auditeur. Toutes les qualités symphoniques sont ici révélées depuis le pianissimo le plus ténu jusqu’aux voix tonitruantes du « tutti » de l’orgue.

Le duo Vernet-Meckler fait une nouvelle fois merveille tout au long de ce récital. Ces transcriptions sont à ce point abouties qu’on en oublie le fait même que ce ne sont pas des œuvres conçues au départ pour l’instrument à tuyaux. Cela montre sans aucun doute la réussite de ce projet. On appréciera particulièrement la précision du jeu, l’inspiration musicale portée par une virtuosité éclatante. Le côté résolument symphonique de l’orgue moderne de Monaco convient parfaitement à ce programme musical. On se réjouit de telles rencontres qui nous rapprochent autrement des grands chefs-d’œuvre du répertoire symphonique français. La tentative organistique est osée et parfaitement réussie.

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