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Andrea Marcon et le XVIIIe siècle avec l’Orchestre Philharmonique de Munich

L'acoustique de l'Isarphilharmonie joue des tours à l'orchestre, mais le basson solo de fait des merveilles chez Mozart.

L' est certainement connu avant tout pour son lien avec le grand répertoire allemand, héritage de Celibidache oblige, mais il a aussi une tradition bien établie d'invitations de chefs baroques qui lui permet, contrairement à bien d'autres orchestres, de ne pas abandonner le répertoire antérieur à Mozart aux ensembles spécialisés.

Pour ce concert, une œuvre phare de la musique sacrée est précédée de deux Symphonies (Wq 183/1 et Wq 183/2) de et surtout du rare Concerto pour basson de Mozart. Les symphonies du plus célèbre des fils Bach sont jouées ici avec un effectif assez fourni qui devrait leur permettre de faire leurs preuves, mais ce qu'on entend ici est bien terne, sans relief, sans fantaisie, sans émotion, comme si cette musique des débuts de l'ère classique ne parvenait pas à emplir l'espace de cette nouvelle salle – pourtant, celle-ci, avec ses quelque 1 900 places, donne une impression infiniment plus intime que la salle qu'elle remplace temporairement, le temps de travaux de fond dans le complexe culturel gigantesque (et plutôt raté) du Gasteig.

Heureusement, l'œuvre suivante se révèle plus stimulante, pour ses qualités propres, mais aussi grâce au soliste, le Français , basson solo de l'orchestre : on entend cette fois un beau et fort dialogue entre soliste et orchestre, marqué de la part du premier non seulement de l'obligatoire virtuosité sans faille, mais surtout d'un goût parfait, d'une variété de nuances et d'expression, qui donnent à sa prestation une éloquence remarquable – dans ces conditions, on aimerait entendre cette œuvre beaucoup plus souvent au concert.

Après l'entracte, le Gloria de Vivaldi ramène à une certaine perplexité. Est-ce un choix interprétatif, est-ce la conséquence de l'acoustique de la salle ? Toujours est-il que les fastes du baroque vénitien sonnent ici bien austères, plus près d'un office luthérien du siècle précédent que des liturgies de la Venise de Vivaldi. Des deux solistes, c'est surtout la mezzo qui se détache, avec un timbre chaleureux et une interprétation sobre et émouvante ; ne laisse rien à désirer du point de vue strictement vocal, mais un peu moins de manières ne nuirait pas. Le chœur, lui, est massif, mais cela ne va pas mal dans la perspective austère de ce qu'on entend, d'autant qu'il ne manque pas de souplesse et de nuances dynamiques. L'orchestre, lui, a tendance à disparaître derrière les choristes ou les solistes ; le beau solo de hautbois du Domine deus confié à la soprano est tout à l'honneur de l'orchestre, mais on aimerait tout de même bien une image sonore plus équilibrée.

Crédit photographique : © Judith Buss

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