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Faste des musiques gastronomiques à Versailles par le Poème Harmonique

Ceci est le premier disque purement instrumental du Poème Harmonique en grand effectif. Après un enregistrement consacré aux Grands Motets de Lalande, c’est à ses Symphonies pour les soupers du Roi que se mesure avec bonheur.

Entré au service de Louis XIV comme organiste, va gravir tous les échelons d’un musicien de cour, cumulant les charges de la Chapelle et de la Chambre, jusqu’à devenir Surintendant de la musique à la mort de Lully, et succédant à celui-ci dans la faveur du roi. On sait que la vie à Versailles est une représentation théâtrale permanente, indissociable de la musique qui accompagne chaque acte de la journée du roi. La tradition des repas d’apparat en musique fait partie d’un rituel quasi sacralisé, appelé « Grand Couvert », où le roi soupe quotidiennement en public à dix heures du soir, selon un cérémonial bien réglé. Face à la table royale se trouve la tribune où prennent place les musiciens de la Chambre. Les Symphonies de Lalande sont réservées aux circonstances plus exceptionnelles, car elles font appel à un effectif important, les Petits Violons étant rejoints par les musiciens de l’Ecurie (hautbois, trompettes …). Après une Ouverture à la française, ces suites instrumentales font alterner danses et pièces de caractère, dont beaucoup sont des remplois provenant de divertissements préexistants. On y voit une alternance de mouvements brillants et de pièces plus intimistes, mettant en valeur les instruments solistes. Ces symphonies nous sont parvenues dans leur forme réduite (dessus et basse) et nécessitent donc un travail de restitution des voix intermédiaires pour retrouver la plénitude de l’écriture à cinq parties.

Nombreux ont été les enregistrements de ces symphonies depuis le milieu du XXᵉ siècle (on pense bien sûr à la célèbre version de Jean-François Paillard). déploie ici tous les fastes versaillais grâce à un orchestre très affûté : son plein et riche en couleurs, attaques précises, belle énergie. On se croirait au cœur d’un opéra-ballet tant les danses et les airs évoquent des scènes théâtrales. Ici encore, comme dans l’enregistrement des Grands Motets, donne une place importante au basson de Jérémie Papasergio, lui offrant un rôle soliste dans le « Quatuor de Mr Rebel » qui rappelle les récits en taille des pièces d’orgue de l’époque. Deux des trois suites présentées ici datent du début du règne de Louis XV, avec des remplois de pièces plus anciennes reprenant des divertissements de Lalande ou d’autres compositeurs (Rebel). La Grande Pièce Royale qui ouvre cet enregistrement est un Caprice qui, après une majestueuse chaconne, fait alterner mouvements vifs et lents, tutti orchestraux et solistes. Elle résume à elle seule le faste de ces Symphonies qui, bien plus qu’une simple musique fonctionnelle, demeurent emblématiques de la pompe versaillaise.

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