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Musique classique et développement durable au Vietnam

L’engagement des musiciens pour la protection de l’environnement s’est généralisé avec des actions médiatisées.

On se souvient du concert pour 2292 plantes au Liceu de Barcelone en juin 2020, du débat de Fabien Lévy sur l’empreinte carbone des orchestres en tournées, ou de clips engagés comme celui d’ en forêt mis en ligne sur Youtube. On y entend Aus dem Böhmerwald op.68 no.5, et un texte de Erik Orsenna, « Il était une fois une belle dame qui promena ses doigts sur larbre devenu violoncelle. Et larbre se mit à chanter. »

Ces belles paroles existent mais n’ont pas changé grand chose. Parce que la communauté de la musique classique a une philosophie de l’art très parnassienne : l’art pour l’art, la recherche de la perfection. Il y est difficile de joindre les enjeux environnementaux sans tomber dans le hors sujet.

Il y a quand même des idées à prendre et c’est le cas du Vietnam. Tous les ans, le pays est brutalisé par des orages violents. Des typhons qui détruisent des villages et soulèvent des terrains. Les sols tiennent moins bien à cause de la déforestation conséquente suite à la demande en bois mondiale. Des associations vietnamiennes comprennent que la déforestation a des effets directs sur la population et que les actions environnementales sont également des actions humanitaires.

C’est le cas de l’association Thanh Âm Xanh (« La mélodie verte »), un projet lancé au printemps 2021 à Hanoi par une centaines de musiciens et danseurs bénévoles. La mission est de concevoir un festival de musique et de créer une bande son originale pour promouvoir un plan de reforestation. L’objectif est de planter un million de bambous. Les volontaires viennent en partie du Vietnam National Symphony Orchestra, du Vietnam National Academy of Music et du Vietnam National Opera and Ballet. Malgré leur emploi du temps chargé et une activité économique en situation de crise, les musiciens ont travaillé des journées entières par civisme, pour une cause environnementale. « Nous sommes venus avec le désir commun de diffuser la musique plus loin pour parler de l’environnement. » (Nguyễn Diệu Linh, directrice du projet Thanh âm xanh, Extrait du documentaire Once upon a bridge in Vietnam).

L’exemple n’est pas isolé : le nettoyage des berges de Hué en 2019 – l’ancienne capitale impériale du pays, financé en partie par des concerts de musique baroque. En partenariat avec la ville de Cergy, des maîtres nageurs français sont venus ensuite installer des zones de baignade. On comprend alors comment la musique participe à un écosystème culturel durable : « Il y a l’héritage, il y a la musique, il y a une communauté d’artistes, il y a les habitants de la ville, et à un moment donné on crée un écosystème où tout ça se rejoint. Je pense que remettre l’artiste au centre de la communauté est plus qu’une force, c’est quelque chose de très fédérateur et quelque chose qui concerne le développement des villes durables et le développement des villes intelligentes. » (Betty Pallard, membre de la fondation Ben Xuan, extrait du documentaire Once upon a bridge in Vietnam).

Le concept d’héritage cadre ce mouvement de pensée qui irrigue la scène musicale vietnamienne. Avec le passé douloureux du pays, la société accélère la prise en main de son passé culturel en enlaçant aspect musical et patrimoine naturel.

Pour aller plus loin :

CHICHE Marina, La musique classique face à la crise écologique : vers le « slow musician ? », Socialter, 24 avril 2019.

GAULT Philippe, Les grands orchestres accusés de contribuer au réchauffement climatique, Radioclassique, 3 octobre 2021.

TUTENGES Robin, Pour réduire leur empreinte carbone, des groupes de musique repensent leurs tournées, Slate.fr, 28 novembre 2019.

Crédits photographiques : © François Bibonne

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